Bactérie tueuse : une souche très rare qui n’avait jamais causé d’épidémie

Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC) a confirmé jeudi 2 juin l’identification de la bactérie à l’origine de l’épidémie de contaminations, qui a fait 18 morts (dont 17 en Allemagne et une en Suède). Il s’agit d’une souche rare d’une bactérie entéro-hémorragiques Escherichia coli, la souche O104:H4. La cause de la contamination est toujours à l’étude, précise l’agence européenne.

Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC)

Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC)

Le 29 mai, donnant déjà le type de la bactérie, l’ECDC avait souligné qu’elle était très rare, et que jusqu’alors, « un seul cas » concernant « une femme en Corée en 2005 » avait été rapporté dans une publication scientifique mais la souche n’a jamais été observée dans une situation épidémique auparavant.

Si la région de Hambourg est considérée désormais comme le foyer de l’épidémie, on ne sait toujours pas quand ni comment la contamination s’est opérée. En un peu plus de deux semaines, le nombre des personnes contaminées par la bactérie E. coli s’est rapidement accru en Allemagne, en particulier autour de Hambourg (nord), et ce processus a connu une accélération ces derniers jours.

Le pays déplorait jeudi 17 décès ainsi que plus de 2.000 cas. Des malades ont en outre été signalés jusqu’aux Etats-Unis, tous ayant apparemment transité par l’Allemagne.

Par ailleurs, de nouveaux cas continuaient d’être enregistrés en Europe, après le décès d’une femme en Suède mardi. La Grande-Bretagne a fait état jeudi de sept cas de contamination, ayant tous un lien avec l’Allemagne.

La maladie, dont l’incubation dure une dizaine de jours, se manifeste par des hémorragies du système digestif, et dans les cas les plus graves, par des troubles rénaux (syndrome hémolytique et urémique, SHU).

Une souche rare

Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies a confirmé qu’il s’agit d’une forme rare de la bactérie Escherichia coli, O104:H4 (Stx2-positive, eae-négative, hly-négative, ESBL, aat, aggR, aap).
Elle appartient à la famille des Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC). C’est cette substance qui est en cause dans les cas observés ces dernières semaines en Europe.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a assuré que cette souche était « très rare » et n’avait « jamais été vue dans une épidémie auparavant ». Mais si la souche est effectivement presque inconnue, la bactérie ne l’est pas, et des épidémies ont bien été observées. Ce fut le cas en 1982 aux Etats-Unis, lorsqu’une cinquante de personnes avaient été infectées par des Escherichia coli O157:H7 contenus dans des steaks hachés. En 1996, la bactérie avait aussi été observée en Ecosse, où elle avait touché plus de 500 personnes. La même année, le Japon avait recensé 9 400 cas, dont douze mortels, imputables à cette même bactérie. Des germes de radis étaient à l’origine de l’épidémie. En 2000, au Canada, l’eau courante contaminée avait fait 2 000 malades dans la petite ville de Walkerton, proche de Toronto.

L’origine de l’épidémie reste indéterminée

Les experts restent engagés dans une course-poursuite pour déterminer le vecteur de la contamination, la piste des concombres espagnols, qui a provoqué la colère de Madrid, ayant été totalement écartée.
Les recherches s’annoncent ardues, car les scientifiques ont dans leur ligne de mire un large spectre d’aliments allant des crudités, consommées en grande quantité en cette saison, à la viande en passant par les fruits.
Observant un principe de précaution poussé à l’extrême, la Russie a annoncé jeudi un embargo total sur toutes les importations de légumes frais en provenance des pays de l’Union européenne, une mesure jugée disproportionnée par Bruxelles qui a l’intention de réclamer des explications à Moscou.

La bactérie toucherait davantage les femmes

Un autre mystère provoque un débat parmi les scientifiques. Contrairement aux épidémies précédentes d’Escherichia coli, ce ne sont pas des enfants qui sont les premières victimes mais les femmes. Certains scientifiques justifient cette observation par le fait que les femmes seraient plus consommatrices des légumes soupçonnés d’être à l’origine de l’épidémie (concombre, salade, tomate…).
La théorie a cela dit été réfutée. Un médecin allemand avance l’idée que cette souche spécifique pourrait se développer plus facilement dans les organismes féminins que masculins, tout comme certaines bactéries se développent dans des groupes ethniques en particulier.

Pas de lien avec le décès en France

En France, l’autopsie de l’homme d’une quarantaine d’années mort subitement dans les Vosges, peu après avoir mangé un sandwich, n’ont pas permis d’établir les raisons du décès ni de confirmer l’éventuelle présence de la bactérie tueuse. « Pour le moment, nous n’avons aucune raison de croire qu’il s’agit de la bactérie tueuse qui sévit en Allemagne, mais nous ne sommes pas en mesure de l’exclure non plus », a expliqué le substitut du procureur d’Epinal, Jean Richert.

Des expertises épidémiologiques et toxicologiques ont été ordonnées par le parquet, qui a ouvert une enquête préliminaire. « Elles nous diront de quoi cette personne est morte mais il n’y aura pas de résultats avant le début de la semaine prochaine au moins », a ajouté le procureur de la République d’Epinal, Bernard Marchal.

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