L’épidémie d’infections à Escherichia coli producteurs de shiga-toxines

Les experts européens de la santé ont estimé samedi que l’épidémie d’infections à Escherichia coli producteurs de shiga-toxines en cours en Allemagne était grave et qu’elle menaçait d’autres pays.

Escherichia coli enterohémorragique (ECEH)

Escherichia coli enterohémorragique (ECEH)

L’Allemagne est particulièrement concernée par l’épidémie. Les autorités sanitaires ont annoncé le décès de quatre nouvelles personnes ce samedi. Au total, dix personnes pourraient avoir succombé à cette épidémie outre-Rhin.

Des cas probables de contamination ont aussi été dénombrés en Suède, au Danemark, en Grande-Bretagne, en Autriche, aux Pays-Bas et en Suisse. Trois cas suspects ont été répertoriés en France. Il s’agit de personnes ayant transitées par l’Allemagne.

Les autorités sanitaires allemandes soupçonnent des concombres importés d’Espagne d’être à l’origine de l’infection. Le ministre français de la santé Xavier Bertrand a annoncé qu’un lot de concombres d’origine espagnole avait été retiré du marché en Bretagne.

« Les trois personnes sont suivies de très près et le lot a été retiré de la consommation (…) Il ne faut pas qu’on passe de ce principe de précaution (et) de sécurité alimentaire à un système d’inquiétude »,

a indiqué le ministre samedi soir sur France 5.

« On n’est pas dans une logique de contagion, ce n’est pas comme une grippe »,

a-t-il ajouté.

Escherichia coli (E. coli)

Escherichia coli (E. coli) est une bactérie fréquente du tube digestif de l’homme et des animaux à sang chaud. La plupart des souches de E. coli sont sans danger. Certaines souches, celles capables de produire des toxines Shiga encore dite souches entérohémorragiques (ECEH), peuvent être à l’origine de toxi-infections alimentaires graves (voir encart ci-dessous).

Les manifestations cliniques sont variées : diarrhée banale ou sanglante pouvant évoluer dans 5 à 8% des cas, principalement chez le jeune l’enfant, vers une complication grave appelée le syndrome hémolytique et urémique. Le réservoir principal de ces bactéries E. coli enterohémorragique est le tube digestif des ruminants. L’homme se contamine principalement par la consommation d’aliments contaminés, par contact avec une personne infectée ou par contact avec des animaux contaminés ou l’environnement contaminé par les matières fécales de ces animaux. Les principaux aliments à risque sont les produits carnés consommés crus ou insuffisamment cuits, les produits laitiers au lait cru et les végétaux consommés crus.

Depuis le 25 avril, 273 cas syndrome hémolytique et urémique ont été identifiés en Allemagne. La majorité des patients résident dans le Nord du pays ; 67% des cas sont des femmes et 86% sont des adultes. Deux décès sont attribués à cette épidémie. L’infection est due à un sérogroupe très rare de E. coli enterohémorragique (E. coli O104 : H4).

Les premiers résultats des investigations épidémiologiques descriptives et d’une étude cas-témoin suggèrent que cette épidémie serait liée à la consommation de concombres, de tomates, ou de salades vertes. Des études épidémiologiques complémentaires, des investigations microbiologiques et des enquêtes de traçabilité des aliments suspectés sont nécessaires pour identifier la source de l’épidémie. Dans l’attente des conclusions des investigations, les autorités sanitaires allemandes recommandent de ne pas consommer de concombres, tomates et salades vertes.

Les médecins hospitaliers ou libéraux ayant diagnostiqué une diarrhée sanglante ou un SHU survenus depuis le 20 avril 2011, chez des patients ayant séjourné en Allemagne dans les 15 jours précédents le début des symptômes, sont invités à les signaler à l’Agence régionale de santé de leur région (ARS). Ces signalements sont centralisés avec l’appui des ARS à l’Institut de Veille Sanitaire qui coordonne l’investigation d’éventuels cas français, en collaboration avec les épidémiologistes de l’Institut de santé publique à Berlin, en charge de l’investigation de cette épidémie en Allemagne.

Comment prévenir la transmission des infections à E. coli producteurs de shigatoxines et du syndrome hémolytique et urémique ?

    La transmission de la maladie peut être prévenue par des gestes simples :

  • les viandes, et surtout la viande hachée de boeuf, doivent ê tre bien cuites à coeur ;
  • le lait cru et les fromages à base de lait cru ne doivent pas être consommés par les enfants de moins de 3 ans ; préférer les fromages à pâte pressée cuite (type Emmental, Comté, etc.), les fromages fondus à tartiner et les fromages au lait pasteurisé ;
  • les légumes, les fruits et les herbes aromatiques, en particulier ceux qui vont être consommés crus, doivent ê tre soigneusement lavés ;
  • les aliments crus doivent être conservés séparément des aliments cuits ou prêts à être consommés ;
  • les restes alimentaires et les plats cuisinés doivent être suffisamment réchauffés et consommés rapidement ;
  • les ustensiles de cuisine (surtout lorsqu’ils ont été en contact préalablement avec de la viande crue), ainsi que le plan de travail, doivent être soigneusement lavés ;
  • le lavage des mains doit être systématique avant de préparer à manger et en sortant des toilettes ;
  • en cas de gastro-entérite, il convient d’éviter de se baigner dans des lieux de baignades publics et de préparer des repas ;
  • les enfants ne doivent pas boire d’eau non traitée (eau de puits, torrents, etc.) et éviter d’en avaler lors de baignades (lac, étang, etc.) ;
  • enfin, il faut éviter le contact des très jeunes enfants (moins de 5 ans) avec les vaches, veaux, moutons, chèvres, daims, etc., et leur environnement.

Escherichia coli (E. coli)

Escherichia coli (E. coli) est une bactérie fréquente du tube digestif de l’homme et des animaux à sang chaud. La plupart des souches de E. coli sont sans danger. Certaines souches, cependant, comme les souches entérohémorragiques (ECEH), peuvent être à l’origine de toxi-infections alimentaires (TIA) graves. La transmission à l’homme se fait par la consommation d’aliments contaminés, viande hachée crue ou mal cuite et lait cru par exemple. Son importance pour la santé publique est apparue en 1982, à la suite d’une flambée de TIA aux Etats-Unis d’Amérique. ECEH fabrique des toxines, connues sous le nom de verotoxines ou de toxines de type Shiga en raison de leur ressemblance avec les toxines élaborées par Shigella dysenteriae. ECEH se multiplie dans une fourchette de température de 7°C à 50°C, la température optimale étant de 37°C. Certaines souches de ECEH peuvent se développer dans des aliments acides, jusqu’à pH 4,4, ainsi que dans des aliments dont l’activité de l’eau est au minimum de 0,95. La cuisson détruit ECEH quand toutes les parties de l’aliment atteignent au moins 70°C. Le sérotype O157:H7 de E.coli est le plus important en santé publique; d’autres sérotypes ont cependant été souvent observés en association avec des cas sporadiques ou des flambées .

Les maladies provoquées par ECEH

Les symptômes des maladies provoqués par ECEH sont notamment des crampes abdominales et des diarrhées susceptibles d’évoluer vers des diarrhées sanglantes (colite hémorragique). La fièvre et les vomissements peuvent également s’observer. La période d’incubation est de 3 à 8 jours, avec une médiane de 3 à 4 jours. Dans la plupart des cas la guérison s’obtient dans les 10 jours, mais chez un petit nombre de patients (en particulier le jeune enfant et la personne âgée), l’infection peut conduire à une affection mortelle comme le syndrome hémolytique-urémique. Celui-ci est caractérisé par une défaillance rénale aiguë, une anémie hémolytique et une thrombopénie. On estime que l’infection à ECEH peut évoluer en syndrome hémolytique-urémique chez 10% des patients atteints, avec un taux de létalité de 3 à 5%. Globalement, le syndrome hémolytique-urémique est la cause la plus fréquente d’insuffisance rénale aiguë du jeune enfant. Il peut être à l’origine de complications neurologiques (telles que convulsions, accidents cérébrovasculaires et coma) dans 25% des cas de syndrome hémolytique-urémique, et de séquelles rénales chroniques, bénignes en général, chez 50% des survivants.

L’incidence des infections à ECEH varie avec la classe d’âge, l’incidence maximale des cas notifiés s’observant chez l’enfant de moins de 15 ans (0,7 cas pour 100 000 aux Etats-Unis d’Amérique). Dans 63 à 85% des cas, l’exposition à l’agent pathogène est alimentaire. Le pourcentage d’infections à ECEH évoluant vers un syndrome hémolytique-urémique est différent selon que les cas sont sporadiques (3%-7%) ou associés à des flambées (20% ou plus). Du point de vue épidémiologique, il existe en général un bruit de fond de cas sporadiques et des flambées occasionnelles. Certaines de ces flambées ont touché un nombre important de personnes, comme au Japon en 1996, où une flambée associée à la présence de graines de radis germées contaminées dans des repas scolaires a été à l’origine de 9451 cas. Les données concernant la situation dans les pays en développement sont limitées, la surveillance de ce germe pathogène n’étant pas systématique. (Source OMS)

Sources : InVS, OMS

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