Epidémie d’infections à Escherichia coli : une souche très rare de source non identifiée

Le point au 3 juin sur l’épidémie d’infections à Escherichia coli producteurs de shiga-toxines qui sévit en Allemagne depuis la première semaine de mai 2011.

Escherichia coli producteurs de shiga-toxines

Les Escherichia coli producteurs de shiga-toxines (STEC) (aussi désignés E. coli enterohémorragique EHEC) sont responsables de manifestations cliniques variées : diarrhée banale ou sanglante pouvant évoluer dans 5 à 8% des cas, principalement chez le jeune l’enfant, vers une complication grave le syndrome hémolytique et urémique (SHU). Le réservoir principal des STEC est le tube digestif des ruminants. L’homme se contamine principalement par la consommation d’aliments contaminés. Il peut aussi se contaminer par contact avec une personne infectée ou par contact avec des animaux contaminés ou l’environnement contaminé par les matières fécales de ces animaux. Les principaux aliments à risque sont les produits carnés consommés crus ou insuffisamment cuits, les produits laitiers au lait cru et les végétaux consommés crus.

En Allemagne

Entre le 1er mai et le 3 juin 2011, plus de 1700 infections à STEC dont 520 cas de SHU ont été rapportés à l’Institut Robert Koch (Berlin) : 71 % sont des femmes, 88 % ont plus de 20 ans. Dix-sept décès en lien avec l’épidémie ont été rapportés. Toutes les régions du pays ont rapporté des cas mais le nord du pays reste le plus affecté, 66 % des cas résidant dans les cinq régions du Nord de l’Allemagne (Hambourg, Schleswig-Holstein, Bremen, Mecklenburg-Vopommern et la Basse Saxe).

L’infection est due à un sérogroupe (une souche) très rare de STEC (E. coli O104 : H4).

Une bactérie mutante hybride

Les premières analyses génétiques suggèrent que la nouvelle bactérie comporte des gènes de deux souches d’Escherichia coli (E. coli).

D’après les chercheurs de Hambourg et de la société chinoise BGI, qui travaillent en collaboration, le génome de la bactérie en cause est à 93% semblable à une souche d’E. coli 0104 entéroaggrégative (Ecea), qui a déjà identifiée en Afrique centrale. Cependant, des gènes d’une autre bactérie, E. coli entérohémorragique (Eceh), apparaissent aussi dans les analyses préliminaires.

Une société californienne, Life Techonologies, qui a réalisé des analyses de son côté, a elle aussi validé la thèse d’une bactérie mutante « hybride » combinant l’Ecea et l’Eceh.

Les symptômes d’une contamination à l’Eceh sont des diarrhées sanglantes et des douleurs abdominales. Les personnes qui manifestent ces symptômes et qui se trouvent en Allemagne ou ont récemment visité ce pays, en particulier le Nord, doivent consulter un médecin d’urgence, recommande l’Organisation mondiale de la santé.

En plus des hémorragies du système digestif, dans les cas les plus graves, la bactérie peut provoquer le syndrome hémolytique et urémique (SHU). Ce syndrome est caractérisé par des troubles rénaux dont le taux de mortalité peut atteindre 5 %. L’Institut Robert Koch a souligné que ce syndrome a été observé dans 520 cas de personnes contaminées par la bactérie.

Au 3 juin 2011, la source de l’épidémie localisée en Allemagne n’a pas encore été identifiée. Les résultats des investigations épidémiologiques descriptives et de plusieurs études analytiques suggèrent que cette épidémie serait liée à la consommation de concombres, de tomates, ou de salades vertes. Des études épidémiologiques complémentaires, des investigations microbiologiques et des enquêtes de traçabilité des aliments suspectés sont en cours en Allemagne. Dans l’attente des conclusions des investigations, les autorités sanitaires allemandes recommandent de ne pas consommer de concombres, tomates et salades vertes dans ce pays.

En Europe

Des infections à STEC chez des personnes ayant voyagé en Allemagne ont été rapportées dans 10 autres pays : Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark, Autriche, Suisse, Norvège, Espagne, Etats-Unis et France. La survenue des cas de SHU est rapportée au Danemark (7), Espagne (1), en Suède (15), aux Pays-Bas (4) et au Royaume-Uni (3). Un cas en Suède est décédé au décours de son infection.

En France

La surveillance des infections à STEC est réalisée en France par un dispositif coordonné par l’InVS au travers de plusieurs systèmes de surveillance :
– la surveillance du SHU chez les enfants de moins de 15 ans. Depuis 1996, un réseau de services de néphrologie pédiatriques volontaires de 31 hôpitaux notifie les cas de SHU pris en charge, à l’Institut de veille sanitaire. Environ 100 cas de SHU pédiatriques sont notifiés chaque année en France ;
– le Centre national de référence pour les E. coli (Institut Pasteur, Paris et service de microbiologie de l’hôpital Robert Debré, Paris) qui caractérise E. coli responsables de toxi-infections alimentaires et de SHU en France et alerte sur les émergences de nouvelles bactéries ;
– la déclaration obligatoire (DO) des toxi-infections alimentaires collectives (Tiac) qui doit permettre de repérer toute Tiac à STEC.

A ce jour, ce dispositif de surveillance n’a mis en évidence aucune augmentation du nombre de cas de SHU en France et aucun cas de SHU lié à l’épidémie allemande. Aucune Tiac à STEC n’a été déclarée en mai ou juin 2011.

Le dispositif a par ailleurs été renforcé dès le début de cette alerte pour identifier sans délai les cas en lien avec l’épidémie en Allemagne. La Direction générale de la santé a demandé aux médecins hospitaliers ou libéraux de signaler à l’Agence régionale de santé de leur région (ARS) les cas de diarrhée sanglante ou de SHU survenant chez des personnes ayant séjourné en Allemagne dans les 15 jours précédant le début de leurs symptômes. Ces signalements sont centralisés avec l’appui des ARS à l’InVS, qui coordonne l’investigation des cas français, en collaboration avec les épidémiologistes de l’Institut de santé publique à Berlin, en charge de l’investigation de cette épidémie en Allemagne.

En France, à ce jour, 10 cas de diarrhée sanglante chez des personnes ayant séjourné ou résidant en Allemagne dans les 15 jours précédant leurs symptômes ont été signalés par les ARS à l’InVS. Il s’agit de 9 adultes d’âge compris entre 16 et 55 ans et d’un adolescent de 14 ans. Quatre sont des femmes et six sont des hommes. La date de début de signes pour ces personnes était entre le 21/05/2011 et le 01/06/2011. Un des cas est une touriste allemande qui était en France au moment de l’apparition des symptômes, 2 cas sont des français résidant en Allemagne et 7 cas sont des français ayant séjourné en Allemagne en mai 2011.

Source : InVs

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