Le secret du Stradivarius ne réside pas dans son vernis

Une équipe multidisciplinaire composée d’une douzaine de chercheurs français et allemands, travaillant sur le vernis appliqué par Stradivarius sur ses instruments, nous apprend que Stradivarius employait des matériaux de base courants à son époque. L’étude vient de paraître dans la prestigieuse revue allemande Angewandte Chemie International Edition (référence complète ci-dessous).

Cinq violons de Stradivari conservés au Musée de la musique de Paris. De gauche à droite, le Davidoff et le Tua de1708, le Longuet de 1692, le Provigny de 1716 et le Sarasate 1724. Crédit photo A. Giordan © Cité de la Musique

Cinq violons de Stradivari conservés au Musée de la musique de Paris. De gauche à droite, le Davidoff et le Tua de1708, le Longuet de 1692, le Provigny de 1716 et le Sarasate 1724. Crédit photo A. Giordan © Cité de la Musique

Le vernis utilisé par le légendaire luthier italien Antonio Stradivarius (1644-1737), pour revêtir ses prestigieux instruments, est depuis plus de deux siècles l’objet de tous les fantasmes. L’hypothèse d’une formulation secrète à l’origine de la sonorité, réputée et tant admirée, de ses instruments aurait vécu selon l’étude menée par la Cité de la musique.

Pour la première fois en effet, cette étude nous apprend que Stradivarius employait des matériaux de base courants à son époque. Grâce, en particulier, aux analyses effectuées en microscopie infrarouge au synchrotron SOLEIL, il est aujourd’hui possible de montrer que, sur tous les instruments, il a appliqué un vernis constitué de deux très fines couches :
La première couche, simplement à base d’huile, similaire à celle des artistes-peintres, pénètre légèrement le bois de l’instrument.
La seconde couche est un mélange d’huile et de résine de pin. Stradivarius y a incorporé différents pigments utilisés en peinture. Cette étude met donc en évidence l’intention de Stradivarius de donner à ses instruments leurs célèbres teintes rouges.

La technique de Stradivarius, qui semble s’inspirer de celles des peintres pourrait donc expliquer la chatoyance des reflets et la texture des bois vernis des violons qui l’ont rendu célèbre.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont concentré leurs efforts sur cinq instruments de Stradivarius conservés au Musée de la musique de Paris (photo ci-dessus). Les vernis de ces cinq instruments ont été étudiés de fond en comble avec un large panel de techniques analytiques complémentaires. D’infimes fragments de vernis ont été prélevés pour être analysés dans différents laboratoires du CNRS (CRCC, C2RMF, LADIR), à l’Institute for Analytical Sciences de Dortmund (Allemagne) et sur la ligne de lumière infrarouge SMIS du synchrotron SOLEIL (un des synchrotrons les plus performants mis en service récemment dans le monde). C’est cette collaboration multidisciplinaire, et l’utilisation de techniques d’analyses de pointe, sur des instruments incontestablement représentatifs de la meilleure production de Stradivarius, qui ont permis de comprendre les ingrédients et la technique du maître-luthier.

A propos du synchroton SOLEIL.


Référence :
Article :
The Nature of the Extraordinary Finish of Stradivaris Instruments
Auteurs : Jean-Philippe Echard, Loïc Bertrand, Alex von Bohlen, Anne-Solenn Le Hô, Céline Paris, Ludovic Bellot-Gurlet, Balthazar Soulier, Agnès Lattuati-Derieux, Sylvie Thao, Laurianne Robinet, Bertrand Lavédrine, Stéphane Vaiedelich
Journal de publication : Angewandte Chemie International Edition
DOI : 10.1002/anie.200905131

Source : http://www.synchrotron-soleil.fr/

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