Des résultats d’imagerie montrent les zones d’activité cérébrale en réaction à des stimuli déclencheurs chez les personnes ayant un métabolisme nicotinique rapide (rangée du haut) et un métabolisme nicotinique lent (rangée du bas). L’activation cérébrale est plus grande chez les personnes dont le métabolisme nicotinique est rapide.

Tabagisme : les gènes prédisent la réaction du cerveau

Certaines personnes trouvent beaucoup plus facile d’arrêter de fumer que d’autres. Des travaux récents montrent nos gènes déterminent la vulnérabilité au tabagisme.

Une étude canadienne1 révèle que le cerveau de personnes ayant un métabolisme nicotinique rapide réagit davantage aux stimuli au tabagisme que celui de personnes ayant un métabolisme nicotinique lent. Selon une recherche précédente, une réactivité plus importante aux stimuli au tabagisme se traduit par un moindre taux de réussite à cesser de fumer; cette recherche montre aussi que des stimuli environnementaux favorisent un accroissement de consommation de nicotine chez les animaux et les humains. Ces nouveaux résultats à propos de l’impact du rythme du métabolisme nicotinique sur la réaction du cerveau à l’envie de fumer pourraient ouvrir la voie à la personnalisation des programmes de renoncement au tabac en fonction de la génétique individuelle.

Des résultats d’imagerie montrent les zones d’activité cérébrale en réaction à des stimuli déclencheurs chez les personnes ayant un métabolisme nicotinique rapide (rangée du haut) et un métabolisme nicotinique lent (rangée du bas). L’activation cérébrale est plus grande chez les personnes dont le métabolisme nicotinique est rapide.

Des stimuli au tabagisme, comme la vue de cigarettes ou de fumeurs, affectent le comportement tabagique et sont liés aux rechutes et à l’usage de la cigarette. Le métabolisme de la nicotine, par une enzyme du foie, influe aussi sur le comportement tabagique. Des variations du gène qui code pour cette enzyme déterminent un rythme métabolique lent ou rapide et, donc, du niveau de nicotine dans le sang qui atteint le cerveau.

Dans l’étude, le rythme du métabolisme nicotinique et le génotype enzymatique de fumeurs ont été testés. Les participants, âgés de 18 à 35 ans, fumaient de 5 à 25 cigarettes chaque jour depuis au moins deux ans. La réaction cérébrale à la vue de stimuli au tabagisme chez des personnes au métabolisme le plus lent et le plus rapide a été mesurée à l’IRM fonctionnelle. La réaction dans le cerveau de personnes au métabolisme rapide était beaucoup plus grande à la vue de stimuli au tabagisme que celle de personnes au métabolisme lent. Les régions du cerveau touchées sont liées à la mémoire, à la motivation et à la récompense : ce sont l’amygdale, l’hippocampe, le néostriatum, l’insula et le cortex cingulaire.

« La constatation de l’impact du rythme du métabolisme nicotinique sur la réaction du cerveau à des stimuli au tabagisme tend à confirmer notre hypothèse selon laquelle les personnes au métabolisme nicotinique rapide auraient une réaction cérébrale plus importante à la vue de stimuli au tabagisme, à cause du lien étroit dans la vie quotidienne entre l’exposition aux cigarettes et les poussées de concentration de nicotine dans le sang. Autrement dit, elles apprennent à associer l’usage de la cigarette avec la poussée de nicotine »,

explique Alain Daguer, auteur principal de l’étude.

« A contrario, les personnes au métabolisme lent, dont le taux de nicotine dans le sang est relativement constant durant la journée, sont moins susceptibles de développer des réactions conditionnées aux stimuli. Pour elles, fumer n’est pas associé à de brèves poussées de nicotine, alors elles fument pour d’autres raisons. Parmi les possibilités figurent le maintien de taux constants de nicotine dans le cerveau pour l’amélioration cognitive (c.-à-d. accroissement de l’attention, mémoire) ou le soulagement du stress ou de l’anxiété. »

Des recherches futures pourraient porter sur l’amélioration des méthodes de désaccoutumance au tabac par l’adaptation des traitements aux différents types de fumeurs. Une possibilité est de mesurer le rythme de métabolisme nicotinique dans le cadre du processus de décision thérapeutique. Par exemple, cibler le risque de rechute provoquée par des stimuli peut ne pas aider les personnes au métabolisme nicotinique lent, qui sont plus susceptibles de mieux répondre aux médicaments cholinergiques à action prolongée comme les patches de nicotine, ce qui concorde avec des essais cliniques précédents. À l’inverse, l’usage de thérapies sans nicotine visant à réduire l’état de besoin pourrait aider des personnes au métabolisme rapide, comme il a été démontré avec le buproprion, un antidépresseur utilisé pour le sevrage tabagique2.

Notes et références

  1. Une étude de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal – le Neuro, de l’Université McGill, Canada. []
  2. Source : Le neuro []

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