Le QI des aînés serait plus élevé que celui des cadets… pour des raisons sociales

Sir Francis Galton avait été le premier à émettre cette idée, en publiant dans English Men of Science, un article sur la position sociale anormalement plus élevée des premiers-nés d’une famille.

C’était en 1874. À l’époque, en France, si la Révolution avait supprimé le droit d’aînesse depuis près d’un siècle, on pouvait néanmoins penser que la pression culturelle était encore forte pour donner aux aînés un avantage, surtout s’il s’agissait de garçons. Autre temps, autres mœurs, mais mêmes résultats : un siècle tard, en 1973, une équipe hollandaise relatait une corrélation inverse entre le quotient intellectuel (QI) et l’ordre de naissance1. Plusieurs explications ont alors été émises : artéfactuelle, biologique ou sociologique. Parmi les hypothèses biologiques avancées – notamment gestationnelles -, l’existence d’anticorps maternels qui tendent à augmenter avec le nombre des grossesses, et qui seraient potentiellement toxiques pour le cerveau de l’enfant, n’a jamais pu être confirmée.

S’appuyant sur le registre médical norvégien des naissances, des chercheurs de ce pays2 viennent d’étudier le QI de 243 939 conscrits de sexe masculin, nés entre 1967 et 1976, en fonction de leur statut d’aîné biologique ou d’aîné social. En effet, lorsque, dans une fratrie, un ou plusieurs enfants meurent tôt dans la petite enfance, le puîné peut se retrouver « promu » au rang d’aîné social. Si l’hypothèse biologique est exacte, on s’attendrait à ce que le QI moyen soit équivalent chez les individus du même ordre de naissance, quel que soit le nombre de décès familiaux. Tel n’est pas le cas. Le QI est toujours plus élevé pour les aînés, éduqués socialement en tant que tels, quel que soit leur statut biologique. Il existe même une différence de QI qui est significativement plus élevé chez les troisièmes d’une fratrie dont un seul des deux aînés est décédé, par rapport aux troisièmes nés sans décès dans la famille.

Bien sûr, on peut s’interroger sur l’intérêt d’une telle information, en émettant quelques doutes sur l’impact d’une différence de 3 points de QI à l’échelle d’une vie… À une époque où tout est d’abord question de chiffres, il n’est donc pas étonnant de lire une telle étude, plus étonnant peut-être de la voir paraître dans Science. En effet, ce travail repose sur l’existence d’un traumatisme familial, en raison du décès d’un aîné, dont on peut être certain qu’il a eu un retentissement sur le vécu, et donc sur l’acquis des enfants de la fratrie. Les auteurs se gardent bien d’aborder cet aspect psychologique. Nous nous devons néanmoins de signaler aux lecteurs de cette Brève que celle-ci émane d’une cadette, évidemment. ?

Brève par Hélène Gilgenkrantz (Institut Cochin) parue dans Médecine/Science (Numéro Double. Août Septembre 2007. Volume 23, n° 8.)

Notes et références

  1. Belmont L, et al. Science 1973 ; 182 : 1096-101. []
  2. Kristensen P, Bjerkedal T. Science 2007, 316 : 1717. []

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