Comment l’acupuncture agit sur la douleur

points-acupunctureDes millions de personnes à travers le monde ont recourt à l’acupuncture pour soulager des douleurs aussi diverses que variées, mais les mécanismes moléculaires qui régissent cet effet antalgique restent méconnus. Les chercheurs de l’université de Rochester (États-Unis) ont montré chez la souris qu’une molécule naturellement présente dans l’organisme, l’adénosine, joue un rôle central. Les auteurs de l’étude rendent compte de leur découverte dans la revue Nature Neuroscience1.

L’adénosine, antalgique naturel

Deux hypothèses ont été avancées pour expliquer les effets de l’acupuncture. La première soutient que l’aiguille stimule des nerfs sensibles à la douleur, qui entraine le cerveau à secréter des composés opioïdes endogènes appelés des endorphines. L’autre hypothèse soutient que l’acupuncture marche grâce à l’effet placebo, et ce sont les pensées du patient induisent la sécrétion d’endorphines. Le neuroscientifique Maiken Nedergaard de l’université de Rochester était sceptique sur ces deux hypothèses parce que l’acupuncture ne fait pas mal et est souvent efficace lorsque les aiguilles sont insérées à proximité de l’endroit douloureux. Il suspectait en revanche que quand le praticien insère les aiguilles et les pivotent, elles causent des dommages mineures dans le tissu, ce qui provoque la sécrétion d’une molécule appelée adénosine qui agit comme un antalgique local.

« L’acupuncture est depuis 4.000 ans la base de la médecine dans certaines parties du monde mais comme on ne comprend pas complètement comment elle fonctionne, beaucoup de gens restent sceptiques »

Maiken Nedergaard

Les chercheurs ont pour cela d’abord étudié la zone où avait été insérée l’aiguille d’acupuncture, près de l’articulation du genou sur les membres postérieurs chez la souris. Le taux d’adénosine dans les tissus était 24 fois supérieur au taux avant traitement.

Ils ont ensuite testé les effets de l’adénosine sur deux modèles de douleur : l’un inflammatoire comme les douleurs rencontrées dans les cas d’arthrite, l’autre neuropathique comme celles qui apparaissent dans les accidents de moelle épinières ou les complications dues au diabbète. Ces effets ont été obtenus par neurochirurgie ou en injectant une substance chimique localement. La sensibilité de la patte douloureuse a été testée par le toucher et la chaleur, la vitesse à laquelle l’animal rétracte sa patte permettant d’évaluer le degrés d’inconfort.

Les chercheurs ont ensuite observé que l’insertion d’aiguille d’acupuncture ou l’injection locale d’adénosine rendait les souris moins sensibles à la douleur. En revanche aucun de ces deux traitements n’était efficace chez les souris qui n’avaient pas de récepteurs à travers lesquels l’adénosine produit sont effet. Ces résultats montrent que l’adénosine fonctionne comme un messager biochimique qui soulageait la douleur durant l’acupuncture. Les biologistes ont eu des preuves supplémentaires en montrant que les deux traitements réduisaient l’activité dans une région du cerveau impliqué dans la perception de la douleur connue sous le nom cortex cingulaire antérieur.

Un médicament qui amplifie l’effet de l’acupuncture

Afin de déterminer s’il est possible de prolonger les effets de l’acupuncture, les chercheurs ont administré aux rongeurs un médicament qui permet à l’adénosine de s’accumuler dans les tissus. Avec ce médicament, les effets de l’acupuncture ont été améliorés et prolongés d’une durée de 3 heures à 3 h 30 au lieu de 1 heure à 1 h 30. Bien que la molécule utilisée pour les expériences soit prescrite pour certains cancers, elle serait trop toxique pour être utilisée en routine.

« Les médicaments qui interfèrent avec les récepteurs de l’adénosine ou avec son métabolisme pourraient améliorer les bénéfices de l’acupuncture »,

selon les chercheurs. Au-delà de la douleur chronique, l’acupuncture est largement utilisée dans des maladies à composante inflammatoire locale, comme les arthrites et les tendinites, rappellent les auteurs, en soulignant que l’adénosine possède également un effet anti-inflammatoire.

Ces études ont été réalisées chez la souris et la prochaine étape consiste évidemment à déterminer si l’adénosine joue le même rôle chez l’homme.

Notes et références

  1. Adenosine A1 receptors mediate local anti-nociceptive effects of acupuncture. Nanna Goldman, Michael Chen, Takumi Fujita, Qiwu Xu, Weiguo Peng, Wei Liu, Tina K Jensen, Yong Pei, Fushun Wang, Xiaoning Han, Jiang-Fan Chen, Jurgen Schnermann, Takahiro Takano, Lane Bekar, Kim Tieu & Maiken Nedergaard. Nature Neuroscience []

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