Découverte d’une mutation génétique associée à la migraine

Une collaboration entre une équipe canadienne et britannique a identifié une mutation génétique associée à une forme courante de migraine. Les chercheurs on en effet observé que cette mutation inhibait une protéine qui joue un rôle important dans la communication nerveuse.

Les résultats de cette étude, détaillés dans la revue Nature Medicine1, pourraient être riches de conséquences pour les personnes souffrant de céphalées récurrentes. Cette recherche a en effet permis de découvrir qu’une mutation dans le gène KCNK 18 inhibe la fonction d’une protéine nommée TRESK qui joue normalement un rôle essentiel dans la communication entre les cellules nerveuses.

Migraines avec aura

Jusqu’à présent, seuls les gènes de la migraine accompagnée d’une faiblesse motrice unilatérale (une forme rare de migraine) avaient été identifiés. Les chercheurs se sont, ici, intéressés à la migraine dite classique ou avec aura. 25 % des migraineux souffrent de celle-ci.

« Nous nous sommes intéressés aux formes les plus fréquentes de migraine, c’est-à-dire aux migraines non accompagnées de faiblesse musculaire, et avons étudié les gènes chargés du contrôle de l’excitabilité cérébrale »,

explique Ron Lafrenière, auteur principal de cette étude et directeur adjoint du Centre d’excellence en neuromique de l’Université de Montréal au Canada.

Les chercheurs ont découvert cette mutation génétique en comparant l’ADN (151 gènes exprimés dans le cerveau) de 110 hommes et femmes souffrant de migraines avec celui de sujets non migraineux. La mutation du gène KCNK 18 a été repérée chez une femme qui a des migraines avec aura.

« Nous avons découvert une mutation dans le gène KCNK18 qui bloque la fonction TRESK parmi les membres d’une famille de sujets souffrant de migraines avec aura,

poursuit Ron Lafrenière.

Et avons constaté que tous les membres de cette famille sujets à ce type de migraine étaient porteurs de cette mutation. »

Les migraines avec aura sont précédées ou accompagnées de signes et symptômes sensoriels annonciateurs de la crise migraineuse (ou auras), tels que des points lumineux ou des taches noires devant les yeux ou encore des picotements dans un bras ou une jambe. La céphalée qui s’en suit peut être associée à une sensibilité à la lumière, au bruit et aux odeurs, ainsi qu’à des nausées et parfois, des vomissements.

La mutation aboutit à une protéine TRESK tronquée

La mutation identifiée par les chercheurs donne lieu à la production d’une forme tronquée de la protéine TRESK qui perturbe son fonctionnement normal et provoque une altération de l’activité électrique (ou excitabilité) des cellules.

« Nous avons aujourd’hui la preuve que la migraine est un problème d’excitabilité nerveuse et avons mis au jour l’une des principales voies à l’origine de ce trouble »,

affirme Zameel Cader, co-auteur de l’étude et membre de l’Unité de génomique fonctionnelle de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni.

Présence de TRESK dans les structures cérébrales liées à la migraine

Les cultures cellulaires et les expériences in vitro réalisées par les chercheurs ont révélé la présence de TRESK dans certains neurones cérébraux.

« Nous avons démontré la présence de TRESK dans certaines structures neuronales spécifiques (ganglions de Gasser et ganglions de la racine dorsale) associées à la migraine et aux voies de la douleur »,

poursuit Ron Lafrenière.

« Ces résultats sont extrêmement importants car l’activation des neurones du ganglion de Gasser joue un rôle capital dans l’apparition des migraines. Or, l’activation accrue de ces neurones pourrait fort bien augmenter le risque de crise migraineuse,

explique Guy Rouleau, auteur principal de cette étude, professeur à l’Université de Montréal et directeur du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

Les mutations de la protéine TRESK ne concernent certes qu’un petit nombre de sujets migraineux, mais puisque cette protéine participe au contrôle de l’excitabilité des cellules nerveuses, les résultats de notre étude nous permettent de penser que la stimulation pharmacologique de l’activité TRESK pourrait contribuer à réduire la fréquence ou la sévérité des épisodes migraineux, quelle que soit leur origine. »

À propos des migraines

Les migraines sont des céphalées (maux de tête) chroniques invalidantes pouvant occasionner des douleurs pendant des heures, voire des jours. Elles peuvent débuter à l’adolescence et être déclenchées par différents facteurs, comme le stress, les odeurs, certains aliments, l’alcool, etc. 10 % de la population souffrent de ce mal.

Les traitements de la migraine

À l’heure actuelle, il y a trois grandes familles de médicaments sur le marché:

  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène ou l’aspirine
  • les ergotamines qui agissent sur les vaisseaux sanguins et,
  • les triptanes, apparus dans les années 1990, qui ont pour effet de réguler le système sérotoninergique (la sérotonine étant une substance chimique qui joue le rôle de médiateur entre les cellules nerveuses. ).

Ces traitements proposés ne sont toutefois pas efficaces chez tous les individus qui souffrent de maux de tête. La découverte des Drs Rouleau et Lafrenière va permettre d’explorer de nouvelles pistes thérapeutiques. On pense tout particulièrement à un médicament capable d’agir sur l’activité électrique de certaines cellules en cause dans les migraines.2

Notes et références

  1. A dominant-negative mutation in the TRESK potassium channel is linked to familial migraine with aura. Ronald G Lafrenière, M Zameel Cader, Jean-François Poulin, Isabelle Andres-Enguix, Maryse Simoneau, Namrata Gupta, Karine Boisvert, François Lafrenière, Shannon McLaughlan, Marie-Pierre Dubé, Martin M Marcinkiewicz, Sreeram Ramagopalan, Olaf Ansorge, Bernard Brais, Jorge Sequeiros, Jose Maria Pereira-Monteiro, Lyn R Griffiths, Stephen J Tucker, George Ebers & Guy A Rouleau. Nature Medecine. []
  2. Sources : UdeM Nouvelles, EurekAlert. []

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