Les enfants préfèrent jouer avec des camarades appartenant au même groupe ethnique

Les garderies multiculturelles n’inciteraient pas nécessairement les enfants de différentes origines ethniques visibles à jouer ensemble. En effet, une étude portant sur des petits Canadiens d’âge préscolaire, francophones ou d’origine asiatique, a révélé qu’ils préféreraient interagir avec des camarades de même ethnicité. Les résultats ont été publiés dans la revue spécialisée European Journal of Developmental Psychology1.

« Nous avons découvert que les petits Canadiens, qu’ils soient francophones ou d’origine asiatique, semblent préconiser l’interaction avec les enfants de leur ethnie »,

explique Nadine Girouard, attachée de recherche au Département de psychologie de l’Université Concordia au Québec et également membre du Centre de recherche en développement humain (CRDH).

« Dans les deux groupes étudiés, les petits ont davantage d’échanges monoethniques. Mis en présence d’enfants d’un autre horizon, ils préfèrent à première vue jouer seuls. »

L’étude fait écho à de précédents travaux, qui indiquaient que les enfants du préscolaire aimaient mieux jouer avec des compagnons et compagnes de leur propre groupe ethnique. L’équipe de chercheuses a de plus observé que des camarades de jeu multiculturels peuvent influer sur les conflits entre enfants de même ethnicité – cette découverte se trouvant toutefois en contradiction avec les études menées antérieurement.

« Nous avons constaté que les petits Canadiens d’origine asiatique s’emparent souvent des jouets de leurs camarades ethnoraciaux – ou tentent de le faire,

précise Mme Girouard.

Quand ils interagissent entre eux, ils se montrent aussi plus compétitifs. »

Les participants à l’étude, c’est à dire 30 petits Canadiens d’origine asiatique (de deuxième génération pour la plupart) et 30 petits francophones, ont été recrutés dans six garderies de l’agglomération montréalaise. Les enfants faisaient équipe avec des camarades qu’ils connaissaient depuis trois mois ou plus. D’après les chercheuses, les mœurs sociales ont vraisemblablement révélé des lacunes sur le plan de l’interaction entre les représentants des diverses cultures.

« Entre eux, les enfants d’origine asiatique parlent moins. Ils optent ainsi pour le non verbal quand vient le temps d’échanger ou de collaborer »,

affirme Mme Girouard.

Quant aux petits francophones, ils utilisent de plus longues phrases quand ils se trouvent en relation avec des enfants de même provenance ethnique. Cependant, ils ont moins d’interactions verbales avec leurs camarades de jeu d’origine asiatique.

« Dans leurs échanges transethniques, les enfants des deux groupes adaptent leur comportement : soit en parlant moins dans le cas des petits francophones, soit en s’exprimant davantage dans celui des petits Canadiens d’origine asiatique »,

souligne Dale M. Stack, professeure au Département de psychologie de l’Université Concordia et membre du CRDH.

« Comme l’ont démontré certaines études dans le passé, si l’expression de la personnalité et l’initiation sociale sont hautement valorisées dans la culture canadienne, l’autodiscipline et la coopération pourraient l’emporter au regard des cultures chinoise et canadienne d’origine asiatique. Cette différence a un impact sur les relations multiculturelles »,

elle poursuit.

Selon Monica O’Neill Gilbert, coauteure de l’étude et professeure de psychologie à la retraite de l’Université de Montréal, les constatations effectuées pourraient être d’importance dans l’acculturation des familles néo canadiennes d’origine asiatique2.

Notes et références

  1. Nadine Girouard, Dale Stack, Monica O’Neill-Gilbert. Ethnic differences during social interactions of preschoolers in same-ethnic and cross-ethnic dyads. European Journal of Developmental Psychology, 2011; 8 (2): 185 DOI: 10.1080/17405620903506988 []
  2. Source: Concordia University/Sylvain-Jacques Desjardins []

Un Commentaire

  1. Intéressant… Rassurant surtout de voir que l’on peut encore se permettre de se poser ce type de questions, nécessaires pour « combattre » le racisme. Cela va à l’encontre de la propagande omniprésente qui consiste à dire, de manière aussi réductrice que stupide, que plus on mélange les différences, plus le résultat est bon.

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