Les enfants victimisés sont sacrifiés au nom de la survie du groupe

Les enfants solitaires et antisociaux qui fuient le contact de leurs homologues sont souvent victimes de brimades et d’intimidations à l’école – une forme de punition acceptée par les pairs dans le but d’établir l’ordre social. Ce type de victimisation est une réponse collective extrême pour contrôler les renégats, selon les résultats d’une étude canadienne parue dans la revue The Journal of Early Adolescence1.


« Pour que les groupes survivent, ils doivent contrôler leurs membres,

explique William Bukowski, une des auteurs de cette étude2.

Les sujets repliés sur eux-mêmes constituent une menace pour la cohésion sociale du groupe, ce qui explique que les enfants au tempérament trop affirmé ou trop antisocial soient brimés par leurs semblables. La victimisation est une réaction à quiconque menace l’harmonie du groupe. »

Rappelant qu’auparavant une victime était une personne offerte en sacrifice, le professeur Bukowski pense que cette acception conserve toute sa pertinence dans l’établissement d’une dynamique moderne entre les enfants.

« Les enfants qui sont victimisés sont en fait sacrifiés au nom de la survie du groupe. »

L’étude, qui a porté sur 367 enfants anglophones de cinquième et de sixième années (enfants âgés de 10-11 ans) inscrits dans des écoles publiques de Montréal, avait pour but de mieux comprendre les facteurs qui permettent à certains enfants d’être aimés de leurs semblables et à d’autres d’être perçus comme des victimes ou des tyrans.

L’équipe de recherche s’est concentrée sur les agressions sociales plutôt que physiques entre les enfants.

« Le recours à l’agressivité sous des formes acceptables par les pairs est essentiel pour que les enfants conservent leur statut social et partant, leur domination sociale,

explique le professeur Bukowski, qui fait remarquer que l’apparence physique et les traits de personnalité peuvent aussi influer sur leur statut auprès de leurs semblables.

Nous avons constaté que les enfants dominants utilisent des formes d’agressions relationnelles organisées qui sont essentielles à leur positionnement dans le groupe. »

Le tyran, le leader et la victime

Pour déterminer si les enfants étaient des leaders, des victimes ou des tyrans, le professeur Bukowski et son équipe ont demandé aux participants – 176 garçons et 191 filles – d’évaluer 17 caractéristiques différentes chez leurs homologues de même sexe.

Il ressort que les tyrans sont perçus comme des enfants « qui disent du mal des autres dans leur dos, qui excluent délibérément certains enfants de leur groupe et qui font du chantage aux sentiments, menaçant ceux qui ne se conforment pas à leurs ordres de les priver de leur amitié. »

Les leaders sont vus comme des enfants « que les autres suivent habituellement, des chefs de file qui obtiennent toujours ce qu’ils veulent ».

Les victimes sont, pour leur part, perçus comme des enfants « qui se font taper dessus ou bousculer par les autres; qui se font tabasser, sont ignorés et sur lesquels les autres enfants disent beaucoup de mal à leur insu ».

Le professeur Bukowski, qui a été témoin de nombreux cas de victimisation lorsqu’il enseignait les mathématiques aux niveaux élémentaire et secondaire, affirme que les enseignants et les parents peuvent protéger leurs enfants de la victimisation et empêcher que les leaders ne se transforment en véritables petits tyrans.

« Personne ne veut blâmer la victime, si bien que les enseignants et les parents se concentrent toujours sur les tyrans. Il est pourtant essentiel de traiter les symptômes de la victimisation par les pairs et pas seulement ses causes »,

explique-t-il.

Pour empêcher la victimisation en classe et neutraliser les tyrans, les enseignants devraient promouvoir des conditions égalitaires, où l’accès au pouvoir est partagé :

« Parents et enseignants devraient également encourager les enfants repliés sur eux-mêmes à faire entendre leur voix et à s’affirmer, »

conclut le professeur3.

Notes et références

  1. Peer Victimization and Social Dominance as Intervening Variables of the Link Between Peer Liking and Relational Aggression. Ryan E. Adams, Nancy H. Bartlett, William M. Bukowski. The Journal of Early Adolescence. []
  2. William Bukowski est professeur au Département de psychologie de l’Université Concordia (Canada) et directeur du Centre de recherche en développement humain qui lui est affilié. []
  3. Source: EurekAlert []

Commentaires Clos.

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