Cancer de la prostate : des tests de dépistage plus personnalisés et plus précis

Des chercheurs ont identifié des variantes de l’ADN humain qui renforcent la puissance de prévision d’un test utilisé pour mesurer l’antigène prostatique spécifique (ou PSA de l’anglais Prostate Specific Antigen), une protéine produite par des cellules normales de la prostate qui sont élevées en cas de cancer. Les résultats ont été publiés dans la revue Science Translational Medicine1.

En général, les médecins testent les taux de PSA afin de déterminer si un patient est atteint de cancer de la prostate. Les experts proposeront une biopsie de la prostate chez les hommes présentant des taux de PSA dépassant une certaine limite. Le problème, toutefois, est que les patients non atteints de cancer peuvent présenter des taux élevés de PSA. On constatera des différences considérables au niveau des taux considérés sains de la base de référence. Autrement dit, dans certains cas, les hommes atteints de cancer ne sont pas soumis à des tests, et l’on effectue des biopsies sur des hommes en bonne santé.

Les chercheurs d’Europe et des États-Unis2 ont analysé quatre polymorphismes nucléotidiques simple (SNP) et ont découvert qu’ils permettent d’obtenir un seuil PSA personnalisé offrant des informations précises quant aux hommes dont la biopsie a de grandes chances d’être positive, et aux patients qui n’ont pas besoin de subir une biopsie.

Polymorphismes nucléotidiques simple (SNP)

Les SNP (de l’anglais Single Nucleotide Polymorphism) constituent la forme la plus abondante de variations génétiques dans le génome humain. Ils représentent plus de 90% de toutes les différences entre individus. C’est un type de polymorphisme de l’ADN dans lequel deux chromosomes diffèrent sur un segment donné par une seule paire de bases.

Dans deux génomes humains tirés au hasard, 99,9% de la séquence d’ADN est identique. Les 0,1% restants contiennent des variations de séquence dont le type le plus commun est le polymorphisme pour un nucléotide (SNP). Les SNP sont stables, très abondants et distribués uniformément dans tout le génome. Ces variations sont associées à de la diversité entre populations ou individus, une différence de sensibilité à des maladies et la réponse individuelle aux médicaments.

D’après leurs résultats, les facteurs héréditaires jouent un rôle dans environ 40% des cas de variabilité des taux de PSA dans la population au sens large. Aussi le fait de pouvoir ajuster les résultats des tests en fonction des effets génétiques pourrait-il potentiellement stimuler la sensibilité et la spécificité. L’équipe a conduit une étude d’association à l’échelle du génome et des analyses de suivi en utilisant des données PSA provenant de 16 211 hommes (15 757 islandais et 454 anglais) n’ayant pas été diagnostiqués avec un cancer de la prostate afin de déterminer des variantes de séquence liées aux taux de PSA. Ils ont détecté un lien à l’échelle du génome entre les taux de PSA et les SNP sur six locus.

Les plus de 300 000 SNP ont ensuite été analysés dans le cadre de grandes cohortes de contrôle de cas en Islande, aux Pays-Bas, en Roumanie, en Espagne et aux États-Unis afin de déterminer s’il existe un lien entre les taux de PSA indépendamment du risque en soi de développer un cancer de la prostate.

Ils ont ainsi découvert que 3 allèles associés à des taux élevés de PSA étaient liés à une probabilité plus élevée de biopsie négative chez 3 834 hommes ayant subi une biopsie. En analysant le lien entre les 6 locus et le risque de cancer de la prostate dans 5 325 cas et les 41 417 contrôles, les chercheurs ont constaté que les SNP à 2 allèles étaient exclusivement associés aux taux de PSA, tandis que les 4 autres locus étaient liés au risque du cancer de la prostate.

«Il s’agit de génétique simple avec une utilité clinique directe»,

explique Kari Stefansson, chef de deCODE Genetics, auteur principal de l’étude.

«S’il est détecté tôt, le cancer de la prostate peut être traité avec un succès quasi total. L’enjeu consiste à stratifier de façon plus efficace la population, d’identifier et de procéder à une biopsie chez les personnes à risque élevé et atteints de maladie agressive tout en minimisant le nombre de biopsies négatives que nous effectuons»,

ajoute-t-il.

«Et la génétique nous permet d’améliorer la sensibilité et la spécificité du test de PSA. Comme pratiquement toutes les protéines dans le corps, les taux de PSA varient selon les individus en fonction des SNP qui régulent l’expression du gène. Les SNP reportés aujourd’hui nous permettent de personnaliser les seuils PSA, en modifiant ainsi les recommandations concernant la réalisation ou non d’une biopsie chez une proportion importante d’hommes,»

conclue-t-il3.

Notes et références

  1. J. Gudmundsson, S. Besenbacher, P. Sulem, D. F. Gudbjartsson, I. Olafsson, S. Arinbjarnarson, B. A. Agnarsson, K. R. Benediktsdottir, H. J. Isaksson, J. P. Kostic, S. A. Gudjonsson, S.N. Stacey, A.Gylfason, A. Sigurdsson, H. Holm, U. S. Bjornsdottir, G. I. Eyjolfsson, S. Navarrete, F. Fuertes, M. D. Garcia-Prats, E. Polo, I. A. Checherita, M. Jinga, P. Badea, K. K. Aben, J. A. Schalken, I. M. van Oort, F. C. Sweep, B. T. Helfand, M. Davis, J. L. Donovan, F. C. Hamdy, K. Kristjansson, J. R. Gulcher, G. Masson, A. Kong, W. J. Catalona, J. I. Mayordomo, G. Geirsson, G. V. Einarsson, R. B. Barkardottir, E. Jonsson, V. Jinga, D. Mates, L. A. Kiemeney, D. E. Neal, U. Thorsteinsdottir, T. Rafnar, K. Stefansson, Genetic Correction of PSA Values Using Sequence Variants Associated with PSA Levels. Sci. Transl. Med. 2, 62ra92 (2010). []
  2. L’étude, menée par le groupe islandais deCODE Genetics, était soutenue par deux projets financés par l’UE: PROMARK («Genetic prostate cancer variants as biomarkers of disease progression») et CANCERGENE («Identification and functional characterisation of genetic cancer risk variants»). PROMARK a reçu 2,71 millions d’euros au titre du domaine Santé du 7e PC, et CANCER-GENE une subvention Marie Curie d’une valeur de 1,5 million d’euros.
    Des chercheurs d’Islande, des Pays-Bas, de Roumanie, d’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis ont participé à l’étude. []
  3. Source : CORDIS []

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