chimiotherapie

Doser le poison au plus juste – un nouvel outil pour les oncologues

En oncologie, tout est question de dosage. Des chercheurs suisses ont mis au point un outil, afin de mesurer la réponse individuelle de chaque patient à un traitement et à une dose donnée. Le procédé repose sur la signature électrique des cellules cancéreuses.

C’est la dose qui fait le poison. Le roi Mithridate l’avait bien compris, qui en ingérait chaque jour en petites quantités, afin de s’immuniser et d’échapper aux comploteurs de sa cour. Les cancérologues font face au même problème, mais leurs buts sont opposés. En effet, de trop faibles doses de chimiothérapie, plutôt que de tuer les cellules malignes, induisent de dangereux mécanismes de résistance. C’est pourquoi le traitement, efficace dans un premier temps, s’avère souvent inopérant en cas de rechute. Le dosage est l’une des questions clé en oncologie. Des chercheurs de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédéral de Lausanne) ont mis au point un outil qui pourrait permettre de déterminer simplement et précisément les doses nécessaires pour chaque patient, de manière personnalisée. Leur méthode fait l’objet d’une publication dans la revue PLOS ONE1.

Le dosage, une question vitale

Développé par l’équipe de Philippe Renaud, l’outil repose sur un principe extrêmement simple: la conductivité électrique d’une cellule varie selon le niveau de stress induit par la chimiothérapie. Dans les grandes lignes, en mesurant la capacité d’une cellule cancéreuse à laisser passer le courant, les chercheurs peuvent évaluer l’intensité des effets du traitement.

«Quand la chimiothérapie induit trop peu de stress, notamment à cause d’un trop faible dosage, il y a un problème,

explique Robert Meissner, co-auteur.

Non seulement l’effet n’est pas suffisant pour tuer les cellules, mais cela augmente le risque d’induire des résistances qui, à terme, vont rendre le traitement inopérant.»

Un problème particulièrement sensible lors des rechutes. Les cellules ayant développé des mécanismes de résistance, les oncologues ne disposent parfois plus de thérapie alternative efficace. D’où l’intérêt de doser au plus juste dès le départ.

Un pas de plus vers une oncologie personnalisée

La méthode développée à l’EPFL pourrait fournir aux médecins de nouveaux éléments de décision, propres au patient.

«Nous nous inscrivons totalement dans la tendance de la médecine personnalisée, explique Philippe Renaud. Avec une simple biopsie, les oncologues pourraient tester comment les cellules d’un patient donné répondent à divers types de traitement et à divers dosages.»

L’outil est pensé d’emblée pour l’environnement clinique. Il permet une mesure simple et rapide, et n’affecte pas les cellules.

«Contrairement aux méthodes basées sur les bio-marqueurs, qui tuent les cellules et sont extrêmement laborieuses, notre procédé pourrait tout à fait être déployé dans un service d’oncologie.»

Les scientifiques ont d’ores et déjà éprouvé leur méthode sur des cellules malignes du sein. Ils ont testé les effets de la Doxorubicine, un traitement courant. Les résultats sont plus qu’encourageants, souligne Robert Meissner. L’équipe de l’EPFL est actuellement en discussion avec des oncologues, afin de développer conjointement le procédé. D’ici à quelques mois, une start-up devrait être lancée pour faire de ces travaux de laboratoires une réalité dans les hôpitaux2.

Notes et références

  1. Label-Free Recognition of Drug Resistance via Impedimetric Screening of Breast Cancer Cells. Bilge Eker, Robert Meissner, Arnaud Bertsch, Kapil Mehta, Philippe Renaud. PLOS ONE []
  2. Source : EPFL []

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