Pas de lien entre téléphone portable et cancer

telephone+portableLes résultats de la plus vaste étude menée dans le monde sur les liens éventuels entre l’usage du téléphone portable et l’incidence des tumeurs du cerveau ont été rendus dévoilées cette semaine. Elle conclut qu’il n’y a pas de risque accru de cancer pour les utilisateurs de téléphones portables. L’étude a été publiée mardi dans la revue scientifique International journal of epidemiology1.

L’étude Interphone

*Définitions

Gliome

Un cancer cérébral qui commence dans les cellules gliales (cellules qui entourent et soutiennent les cellules nerveuses).

Méningiome

Un type de tumeur à croissance lente qui se forme dans les méninges (couches minces de tissu qui recouvre et protège le cerveau et la moelle épinière). La plupart des méningiomes sont bénins et surviennent habituellement chez les adultes.

Schwannome

Une tumeur du système nerveux périphérique qui apparaît dans la gaine nerveuse (revêtement protecteur). Elle est presque toujours bénigne, mais quelques rares schwannomes malins ont été signalés.

Tumeur de la glande parotide

Tumeur qui se forme dans une glande parotide, la plus grande des glandes salivaires, qui fabrique de la salive et la libère dans la bouche. Il y a 2 glandes parotides, chacune située à l’avant et juste en dessous de chaque oreille. La plupart des tumeurs des glandes salivaires commencent par les glandes parotides.

Pilotée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, émanation de l’OMS) à Lyon, l’étude Interphone a démarré en 2000 sous forme d’un ensemble d’études cas-témoins internationales menées dans 13 pays2 à travers le monde.

    L’étude Interphone s’est concentrée sur quatre types de tumeurs dans les tissus qui absorbent le plus l’énergie des radiofréquences émise par les téléphones portables, à savoir :

  • les tumeurs du cerveau, gliomes* et méningiomes*;
  • les tumeurs du nerf acoustique, schwannome*;
  • les tumeurs de la glande parotide*.

Elle porte sur un panel de personnes – 2.708 cas de gliome, 2.409 cas de méningiome – ayant utilisé un téléphone pendant plus de dix ans. C’est la première du genre à réunir autant de cas exposés, notamment d’utilisateurs intensifs, sur une aussi longue période.

Les conclusions de l’étude

« L’étude ne met pas en évidence un risque accru, mais on ne peut conclure qu’il n’y a pas de risque, car il y a suffisamment de résultats qui suggèrent un risque possible »,

a indiqué à l’AFP le Dr Elisabeth Cardis, chercheur principal de l’étude.

Interphone fait apparaître un risque de gliome de 40% supérieur et un risque de méningiome de 15% supérieur pour les personnes déclarant une utilisation fréquente et habituellement « du même côté de la tête que la tumeur ». Cependant « les biais et les erreurs limitent la force des conclusions » et « empêchent d’établir une interprétation causale ».

La majorité des sujets n’étaient pas des utilisateurs intensifs du téléphone, avec un temps médian de 2h à 2h30 par mois. Les plus gros utilisateurs (10% du total) l’utilisaient en moyenne une demi-heure par jour.

Au fil des années, des résultats partiels avaient été communiqués, pays par pays.

L’étude française, publiée en octobre 2007, faisait ainsi apparaître la « possibilité d’une augmentation » du risque de gliome pour les forts utilisateurs de téléphones mobiles -par exemple, indiquait-on, ceux qui parlent plus de 5mn par appel-, mais avec une marge d’erreur très importante, du fait d’un petit échantillon.

Les résultats en Israël faisaient apparaître une augmentation du risque significative pour les tumeurs de la glande parotide, mais là encore le groupe étudié était très limité et on suggérait des « investigations supplémentaires » sur davantage d’utilisateurs intensifs.

En 2008, les données des pays scandinaves et d’une partie du Royaume-uni faisaient apparaître « un risque de gliome significativement accru » pour une utilisation de portables pendant 10 ans ou plus du côté de la tête où la tumeur s’était développée. Mais il pouvait s’agir, disait-on, aussi bien d’un rapport de cause à effet que d’un « artefact » lié à un problème de mémorisation, les personnes devant se souvenir de communications datant de plusieurs années.

Les chercheurs constatent que depuis le début de l’enquête l’utilisation du téléphone portable était « beaucoup plus répandue ». Cette explosion des usages est toutefois tempérée par une « diminution des émissions » et l’utilisation croissante des textos et des kits mains-libres.

Des résultats paradoxaux

Jack Siemiatycki, professeur à l’Université de Montréal et épidémiologiste au Centre de recherche du CHUM, qui a collaboré à l’étude, explique pour sa part3 que l’accès restreint aux participants a compromis la validité des résultats de l’étude.

« L’étude révèle, après comparaison de l’ensemble des utilisateurs avec le groupe de non-utilisateurs, que les cas de tumeurs du cerveau n’étaient pas plus nombreux chez les utilisateurs de téléphones portables. En fait, de façon surprenante, quand nous avons regroupé tous les utilisateurs indépendamment de leur degré d’utilisation, nous avons découvert que le risque de cancer du cerveau était moindre chez les utilisateurs. Mais l’étude indique aussi que le risque de tumeur du cerveau était plus élevé chez les personnes qui faisaient une utilisation intensive du portable que chez les non-utilisateurs,»

déclare le Dr Siemiatycki.

Comment expliquer cette anomalie? Les chercheurs ne peuvent répondre avec certitude. On a pointé du doigt la méthodologie de l’étude et, en particulier, la représentativité des sujets ayant fait l’objet des recherches. Compte tenu d’un taux de participation de 50 % à 60 % des sujets admissibles, il est possible que les participants, tant ceux qui avaient souffert d’un cancer que les sujets en bonne santé, n’aient pas donné un tableau exact de leur usage du téléphone portable. Le Dr Siemiatycki fait valoir que l’origine du problème se trouve dans les contraintes imposées aux chercheurs par les comités d’éthique dans le but de protéger les éventuels sujets de recherche.

« Les règles éthiques sont maintenant si rigides que les chercheurs du Canada, des États-Unis et d’Europe n’ont plus le type d’accès aux bases de données médicales et aux sujets de recherche dont ils auraient besoin pour ce genre d’étude. Souvent, les comités d’éthique exigent que les chercheurs recrutent leurs sujets par l’intermédiaire des médecins traitants, des personnes déjà surchargées de travail. Cette méthode peut être efficace dans le cas de recherches cliniques sur le traitement du cancer, qui éveillent un intérêt professionnel ou personnel chez les médecins, mais non dans le cas d’études sur les causes du cancer. Cette méthode impropre peut produire des résultats faussés. »

Malgré les résultats non concluants de l’étude Interphone, les consommateurs ne devraient pas s’alarmer au sujet des risques éventuels de l’utilisation du téléphone portable, souligne le Dr Siemiatycki.

« S’il existe des risques, ils sont probablement très faibles. Tous ceux qui s’inquiètent de ces dangers peuvent éviter l’exposition aux radiofréquences en utilisant des kits mains libres. »

Souhaitable de poursuivre l’étude

Le Dr Christopher Wild, directeur du Circ, estime « souhaitable » de poursuivre l’étude, du fait de l’évolution de l’utilisation des téléphones. Le Pr Elizabeth Cardis a rappelé qu’Interphone ne couvrait pas les jeunes, et qu’un nouveau projet, Mobikids, était en cours pour étudier le risque de tumeurs cérébrales des enfants et des adolescents4.

Notes et références

  1. Brain tumour risk in relation to mobile telephone use: results of the INTERPHONE international case–control study. The INTERPHONE Study Group. International Journal of Epidemiology, doi:10.1093/ije/dyq079 []
  2. Allemagne, Australie, Canada, Danemark, Finlande, France, Israël, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède []
  3. La plus vaste étude sur le cellulaire non concluante. UdeM Nouvelles. []
  4. Adapté de AFP et UdeMNouvelles. []

Commentaires Clos.

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