Les commutateurs génétiques nous rendent uniques

Depuis le séquençage du génome humain en 2001, les scientifiques s’efforcent de découvrir les gènes responsables de nos particularités. Une nouvelle étude parue dans la revue Science1 révéler que notre individualité ne résultait pas tant de nos gènes eux-mêmes que de la façon dont ils sont régulés (par exemple activés ou désactivés).

L’étude s’est concentrée sur les régions non codantes du génome humain qui, contrairement aux gènes, ne portent pas d’instructions correspondant à la production de protéines. Les zones d’ADN qui se trouvent entre les gènes peuvent en fait héberger des facteurs de transcription. Ces facteurs se lient à des séquences d’ADN, ce qui active ou désactive les gènes correspondants.

«Nos résultats montrent que de nombreuses différences entre les individus et les espèces tiennent à liaison des facteurs de transcription; ils informent également sur les évènements génétiques à l’origine de ces différences»,

écrivent les auteurs2.

Les chercheurs ont découvert que 25% de nos gènes sont régulés différemment d’un individu à l’autre, et que de nombreuses différences dans le mode d’action des facteurs de transcription résultent de changements dans les séquences d’ADN auxquelles ils sont attachés. Ces changements peuvent être très limités et concerner une seule «lettre» du code génétique, ou porter sur une section majeure d’ADN.

Les scientifiques pensent également que certaines différences pourraient être dues à l’interaction entre les facteurs de transcription.

«Nous avons mis au point une nouvelle approche pour identifier les cas où la capacité d’une protéine à activer ou désactiver un gène peut être affectée par des interactions avec une autre protéine fixée sur une région proche du génome»,

explique le Dr Jan Korbel du LEBM

«Nous commençons ainsi à comprendre où se produisent de telles interactions, sans devoir étudier chaque protéine de régulation.»

D’après les scientifiques, même si certaines personnes ont des copies identiques d’un gène, la façon dont leurs cellules régulent ce gène peut être différente. Et concernant cette régulation, ils ont constaté qu’il existe presque autant de différences au sein de l’espèce humaine qu’entre les humains et les chimpanzés. Cette petite variation pourrait nous apporter d’importantes informations sur l’évolution de l’homme.

Le Dr Michael Snyder de l’université de Stanford expliquait que ces résultats avaient le potentiel de changer la façon dont nous abordons la recherche sur le corps humain et les maladies humaines :

«en plus de chercher des gènes de la maladie, nous pourrions commencer à nous pencher sur la façon dont les gènes sont régulés, et déterminer comment chaque variation dans la régulation des gènes peut affecter les réactions des patients,»

déclare-t-il3.

Notes et références

  1. Kasowski, M., et al. (2010) Variation in Transcription Factor Binding Among Humans. Science Express. Publié en ligne le 18 mars. DOI: 10.1126/science.1183621 []
  2. Ces travaux sont issus de la collaboration du Laboratoire européen de biologie moléculaire (LEBM) en Allemagne et des universités Yale et Stanford aux États-Unis []
  3. Source : Cordis []

Commentaires Clos.

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