Maladies rares : une avancée pour le Syndrome de Meier-Gorlin

En travaillant avec des Canadiens d’ascendance française qui souffrent d’une maladie génétique rare, des chercheurs ont découvert comment trois gènes contribuent à une croissance anormale, réalisant une percée qui améliorera notre compréhension de plusieurs désordres, notamment le retard de la croissance fœtale et infantile, le développement anormal de parties du corps et le cancer. Les résultats sont détaillés dans le dernier numéro de la revue Nature Genetics1

Deux sujets présentant les signes du syndrome de Meier-Gorlin. Nature Genetics

« Grâce au Projet génome humain, nous connaissons l’identité fondamentale de pratiquement tous les gènes du corps humain, mais nous ne connaissons pas nécessairement leur rôle précis »,

a expliqué le professeur Mark Samuels, de l’Université de Montréal au Canada2.

« C’est comme soulever le capot de votre voiture et voir les pièces, mais sans savoir laquelle fait quoi. Toutefois, quand une pièce brise, on apprend comment elle s’intègre au reste de la machine. Le fait de travailler avec des personnes qui éprouvent des problèmes précis de santé ou de développement en lien avec des gènes spécifiques nous permet de constater comment ces gènes contribuent au développement et au fonctionnement de notre corps. »

Dans le présent cas, l’équipe de chercheurs a caractérisé le fondement moléculaire chez des patients souffrant du syndrome de Meier-Gorlin, un désordre rare qui se distingue par une petite taille, de petites oreilles et des rotules absentes ou sous-développées. Les patients étaient en majorité francophones, originaires des Maritimes, du Québec, de la Colombie-Britannique ainsi que de la communauté cajun de la Louisiane. Le syndrome de Meier-Gorlin est un désordre génétique simple classique, ce qui signifie qu’il est relié à des mutations des gènes individuels, bien que, dans le cas de ce syndrome, différents patients semblent curieusement présenter des mutations de l’un de trois différents gènes.

Les gènes sont appelés ORC1, ORC4 et CDT1, et on leur reconnaît un rôle essentiel dans la juste reproduction de l’ADN. Les cellules se reproduisent en se scindant en deux. Tous les chromosomes doivent aussi être dupliqués. Ce processus est étroitement contrôlé pour éviter d’avoir trop ou trop peu de copies de grands segments du génome.

« Il semble que ce soit le premier exemple de toutes les mutations transmises et survenant naturellement, identifiées dans ce groupe de gènes régulateurs présent chez tous les mammifères. La découverte des gènes est un excellent exemple de la valeur de ce genre de recherche »,

a déclaré le professeur Samuels.

« Nous découvrons la cause de la maladie et nous augmentons nos connaissances sur notre fonction cellulaire. Toutefois, il nous reste encore beaucoup à apprendre sur les raisons pour lesquelles les mutations de ces gènes ont des conséquences spécifiques chez les patients atteints du syndrome de Meier-Gorlin. »

La séquence génétique humaine compte de 20 000 à 25 000 gènes, et il est important de noter que chacun ne correspond pas nécessairement à une fonction ou à un groupe de fonctions spécifique, non plus qu’à une seule maladie. Le même gène peut avoir des effets subtils sur un certain nombre de fonctions corporelles. En outre, dans les cas de maladies génétiques complexes, le diabète, par exemple, l’environnement et le mode de vie ont un impact sur la santé aussi important sinon plus que les antécédents génétiques d’un individu.

Mark Samuels insiste :

« Il est important pour le grand public que l’on comprenne les conditions génétiques rares, comme le syndrome de Meier-Gorlin, pour deux raisons. La première, c’est qu’elles fournissent des renseignements sur la manière dont nos gènes, et par conséquent notre corps, fonctionnent. La deuxième, c’est que, bien que peu de personnes soient touchées par chaque désordre en particulier, au total, tous les patients souffrant de troubles génétiques consomment une part substantielle des ressources en santé, et qu’en les diagnostiquant plus rapidement, nous pouvons améliorer leur traitement et réduire la pression sur le réseau de soins de santé. »

Des travaux de recherche permettent de penser que jusqu’à 70 pour cent des admissions aux hôpitaux pédiatriques pourraient être reliées à une certaine forme de désordre génétique.

« Il est par ailleurs important de noter que, derrière la science et les statistiques, se trouvent de vraies personnes qui souffrent. Le soulagement est immense pour les patients et leurs familles lorsqu’un diagnostic clair est finalement établi »,

ajoute le professeur Samuels.

Coïncidence rare, une équipe concurrente de chercheurs a obtenu des résultats similaires sur le syndrome de Meier-Gorlin chez un groupe différent de patients. Ces découvertes ont été publiées dans le même numéro de Nature Genetics3.

« Aucune des équipes ne peut réclamer la priorité absolue de la découverte. Toutefois, c’est de cette manière que la science fonctionne à son meilleur : quand des résultats importants sont rapidement et indépendamment vérifiés par plusieurs équipes, »

conclue Mark Samuels4.

Syndrome de Meier-Gorlin

Ce syndrome associe une microtie (hypoplasie sévère des pavillons d’oreilles), une absence de rotules, une petite taille avec croissance faible, et une dysmorphie faciale caractéristique comprenant un front haut, une micrognathie avec lèvres charnues et petite bouche, et une accentuation des sillons naso-géniens (rides du sourire allant de la narine à la commissure). D’autres atteintes squelettiques sont possibles, telles qu’une luxation des coudes, des côtes et os longs et grêles, une forme anormale des cavités glénoïdes des omoplates avec clavicules en crochet, une clinodactylie. L’âge osseux est sévèrement retardé et les épiphyses des os longs sont aplaties. Un hypogénitalisme a été décrit dans les deux sexes. C’est une association malformative rare décrite chez une vingtaine de patients dans la littérature. L’existence de consanguinité parentale dans quelques cas, d’un sexe ratio normal, et de fratries comprenant plus d’un sujet atteint rend quasi certain un mode de transmission de type autosomique récessif. Tous les gènes examinés chez des patients atteints ont été trouvés normaux. Source : Orphanet (mars 2006).

Notes et références

  1. Duane L Guernsey, Makoto Matsuoka, Haiyan Jiang, Susan Evans, Christine Macgillivray, Mathew Nightingale, Scott Perry, Meghan Ferguson, Marissa LeBlanc, Jean Paquette, Lysanne Patry, Andrea L Rideout, Aidan Thomas, Andrew Orr, Chris R McMaster, Jacques L Michaud, Cheri Deal, Sylvie Langlois, Duane W Superneau, Sandhya Parkash, Mark Ludman, David L Skidmore & Mark E Samuels. Mutations in origin recognition complex gene ORC4 cause Meier-Gorlin syndrome. Nature Genetics (2011). Doi:10.1038/ng.777 []
  2. Département de médecine de l’Université de Montréal et du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. []
  3. Louise S Bicknell, Sarah Walker, Anna Klingseisen, Tom Stiff, Andrea Leitch, Claudia Kerzendorfer, Carol-Anne Martin, Patricia Yeyati, Nouriya Al Sanna, Michael Bober, Diana Johnson, Carol Wise, Andrew P Jackson, Mark O’Driscoll & Penny A Jeggo. Mutations in ORC1, encoding the largest subunit of the origin recognition complex, cause microcephalic primordial dwarfism resembling Meier-Gorlin syndrome. Nature Genetics (2011) Doi:10.1038/ng.776 []
  4. Source UdeM Nouvelles []

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