Succès de la thérapie génique contre la bêta-thalassémie

Des chercheurs ont annoncé qu’un jeune homme atteint de bêta-thalassémie, la maladie génétique la plus répandue au monde, a été traité pour la première fois avec succès par thérapie génique.

Les résultats sont publiés dans la revue scientifique britannique Nature1.

« C’est une première mondiale. Trois ans après le début du traitement, le patient, aujourd’hui âgé de 21 ans, n’a plus besoin de recevoir des transfusions sanguines et ce depuis plus de 2 ans »,

a expliqué à l’AFP le professeur Philippe Leboulch (Inserm-CEA/France et Harvard/Etats-Unis) qui a dirigé l’essai.

Hémoglobine et β-thalassémie

L’hémoglobine est présente principalement dans les globules rouges. C’est un complexe protéique composé de deux chaînes α et de deux chaînes β. Sur chacune, un atome de fer qui donne cette couleur rouge au sang assure la fixation et le relargage de l’oxygène. L’hémoglobine est donc essentielle au transport de l’oxygène.

La β-thalassémie, aussi appelée maladie des globules rouges, est une forme d’anémie héréditaire qui touche chaque année 200.000 enfants à la naissance. La maladie est diagnostiquée chez 1 personne sur 10.000 dans l’Union européenne. Maladie récessive, elle est caractérisée par une mutation portée par les deux chromosomes 11 parentaux, qui entraîne l’altération de la chaîne β de l’hémoglobine. Dans ces conditions, le complexe protéique de l’hémoglobine ne se forme pas correctement et le transport de l’oxygène est alors altéré.

D’un point de vue clinique, sans traitement, la maladie est souvent mortelle avant l’âge de 8 ans. Des transfusions sanguines régulières sont nécessaires pour palier l’anémie, un traitement lourd et non curatif mais qui rallonge considérablement l’espérance de vie.

« Sa vie a changé, il a trouvé un emploi stable (contrat à durée indéterminée) comme cuisinier dans un restaurant parisien »,

se réjouit le chercheur tout en précisant qu’« il faut rester prudent ».

C’est aussi la première fois qu’une thérapie génique efficace est développée dans une maladie héréditaire aussi fréquente.

Le jeune Français d’origine vietnamienne et thaïlandaise, auquel le gène correcteur a été administré à l’âge de 18 ans, présente une forme de la maladie – dite betaE/beta0 – particulièrement fréquente en Asie du Sud-Est et parmi les populations qui en sont originaires, comme sur la côte ouest américaine.

Des cellules souches de la moelle osseuse du patient sont prélevées, puis « corrigées » par insertion d’un gène-médicament en laboratoire, et ensuite réinjectées au patient.

« Le patient est resté environ un mois à l’hôpital »,

indique le Pr. Eliane Gluckman, responsable principale de l’essai clinique. Pour cette pionnière mondiale de la greffe de cellules souches de sang de cordon ombilical, « c’est un progrès énorme ».

« C’est une alternative thérapeutique pour les malades qui ne peuvent pas bénéficier d’une greffe de moelle ou de sang de cordon, faute de fratrie compatible »,

dit-elle.

« L’organisme produit normalement environ 300 milliards de globules rouges par jour »,

relève le Pr Leboulch.

« La thérapie a agi en quelques mois »,

note le Pr Marina Cavazzana-Calvo (hôpital Necker, Paris).

« C’est une grande avancée mais qui devra être confirmée avec d’autres patients »,

ajoute-t-elle.

Pour transférer efficacement le volumineux gène correcteur dans les cellules, les chercheurs ont utilisé un vecteur viral dérivé du VIH rendu inoffensif. Il y a maintenant 3 ans, Marina Cavazzana-Calvo, de l’université Paris-Descartes, a prélevé des cellules souches de la moelle osseuse du patient, qui donnent naissance aux cellules sanguines et notamment aux globules rouges. Ces cellules ont été mises en culture avec le vecteur contenant la version saine du gène de la β-globine. L’infection par le lentivirus entraîne l’insertion du génome viral dans le génome de la cellule et avec lui le gène sain.

Les cellules possédant le gène médicament ont ensuite été réintroduites dans la moelle osseuse du patient. Environ un an après la transplantation et grâce à l’augmentation constante du taux de β-globine, les transfusions sont devenues inutiles. Malgré une légère anémie résiduelle, la vie du jeune homme, aujourd’hui âgé de 21 ans, s’est réellement améliorée.

D’autres chercheurs, qui n’ont pas participé à ces travaux, ont tenu à nuancer cette réussite car elle n’est pas sans danger. Une protéine – HMGA2 – liée au développement de certains cancers est surexprimée dans certaines cellules transplantées, probablement à cause du site d’insertion du gène médicament. Cet événement pourrait à la fois être à l’origine de la guérison en favorisant la survie des cellules, mais également devenir un danger pour le patient. Selon eux, il s’agirait d’une guérison survenue suite à des circonstances heureuses et non contrôlées.

Si la thérapie génique est loin non sans risque pour l’instant, une étape importante a néanmoins été franchie. L’essai se poursuit et inclura dix malades au total, de l’une ou l’autre de ces deux pathologies, indique le Pr Leboulch, fondateur de la société bluebirdbio (producteur de vecteurs) qui prévoit, avec le soutien du Téléthon, d’étendre les essais à d’autres pays, notamment en Thaïlande où 3.000 enfants atteints de β-thalassémie naissent chaque année2.

Notes et références

  1. Transfusion independence and HMGA2 activation after gene therapy of human ?-thalassaemia. Marina Cavazzana-Calvo, Emmanuel Payen, Olivier Negre, Gary Wang, Kathleen Hehir, Floriane Fusil, Julian Down, Maria Denaro, Troy Brady, Karen Westerman, Resy Cavallesco, Beatrix Gillet-Legrand, Laure Caccavelli, Riccardo Sgarra, Leila Maouche-Chrétien, Françoise Bernaudin, Robert Girot, Ronald Dorazio, Geert-Jan Mulder, Axel Polack, Arthur Bank, Jean Soulier, Jérôme Larghero, Nabil Kabbara, Bruno Dalle, Bernard Gourmel, Gérard Socie, Stany Chrétien, Nathalie Cartier, Patrick Aubourg, Alain Fischer, Kenneth Cornetta, Frédéric Galacteros, Yves Beuzard, Eliane Gluckman, Frederick Bushman, Salima Hacein-Bey-Abina & Philippe Leboulch. Nature. []
  2. Sources : AFP et Futura-Sciences
    Illustration : The McGraw companies, Inc, Sylvia S. Mader. []

Un Commentaire

  1. je suis interresse par cette decouverte car etant pere d’une fille de 02 ans atteinte d’une b-thalassemie lorsquelle a atteint 02 mois.elle est regullierement transfusee.apres l’enquete faite par nos soins nous avons decouvert que nous sommes (pere et mere) heterozygothe sachant qu’iln’ya aucun lien de parente entre moi et ma femme mais je ne comprend pas pourquoi nous avons eus une fille homozygothe.

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