Comment la France est-elle préparée pour lutter contre une épidémie de grippe porcine ?

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La grippe porcine continue à se propager. Elle aurait fait déjà 149 morts au Mexique (plus de 1600 malades), aux Etats-Unis 40 cas sont confirmés, elle s’est étendue à l’Europe, des cas ayant été confirmés en Ecosse (deux) et en Espagne (un), ainsi qu’au Canada.

Le comité d’urgence du règlement sanitaire international, instance de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a relevé au niveau 4 son degré d’alerte pandémique, qui était jusque-là au niveau 3, confirme un expert.

La phase 4 signifie que l’OMS n’a pas choisi de déclarer l’état de pandémie, cela n’intervenant qu’au niveau 6, le plus élevé de son échelle allant de 1 à 6.
Par phase 4, l’OMS définit une maladie qui se transmet d’humain à humain jusqu’à provoquer une épidémie au niveau d’une communauté.

En France, aucun cas n’a pour l’instant été déclaré. De nombreux experts sont appelés à s’exprimer sur le degrés de préparation de la France et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas d’accord. Cela va de « la France est très bien préparée pour lutter contre une épidémie de grippe porcine » à « la France est très mal préparée« !!

Voici ci-dessous deux interviews illustrant chacune une des extrémités. Tout d’abord l’interview de Didier Raoult accordée au journal Le Monde qui travaille à l’Institut fédératif de recherche 48 à Marseille. Il est l’auteur des Nouvelles Maladies infectieuses (PUF), il estime que la France ne dispose pas, aujourd’hui, des « structures adéquates » pour lutter contre une épidémie de grippe porcine.
Ensuite l’interview du docteur Christine Ortmans (pour lepoint.fr) qui affirme que la France est très bien préparée. Christine Ortmans est responsable du service de surveillance épidémiologique de la Dass (Direction des affaires sanitaires et sociales) chargé des maladies contagieuses à déclaration obligatoire.

Interview Didier Raoult : La France est très mal préparée pour lutter contre une épidémie de grippe porcine

Pourquoi le virus de la grippe porcine est-il apparu au Mexique ?

Didier Raoult : Ce n’est pas parce que le virus de la grippe porcine est apparu au Mexique qu’il y est né. Plusieurs souches de virus, capables de se recombiner entre eux (échanger leur gènes) et de muter, circulent à travers le monde. Ils peuvent émerger n’importe où. Le plus gros réservoir se trouve aujourd’hui en Asie, dans le sous-continent indien et en Chine. Souvent, les premiers mutants de virus apparaissent dans les élevages de volailles de cette région. Les oiseaux et les cochons cohabitent souvent dans les mêmes basse-cours. A force de promiscuité, certains virus finissent donc par s’adapter aux porcs. La transmission à l’homme est alors facilitée, parce que nos défenses immunitaires sont plus proches de celles du cochon que de celles des oiseaux. Le risque d’avoir un mutant transmissible d’homme à homme est donc plus important à partir d’une infection par un virus porcin. C’est beaucoup plus inquiétant d’avoir une épidémie porcine qu’une épidémie aviaire.

Comment se propage un virus comme celui de la grippe porcine ?

Didier Raoult : Il y a trois étapes : d’abord, l’épidémie qui se déclenche chez les animaux (l’épizootie), puis la transmission de l’infection de l’animal à l’homme (la zoonose), enfin l’épidémie inter-humaine.

Le virus de la grippe aviaire n’a jamais vraiment passé le stade de la zoonose. La grippe porcine, par contre, se développe aujourd’hui par transmission d’homme à homme. Reste à connaître le ratio de transmissibilité du virus, c’est-à-dire son degré de contagiosité. Pour les maladies infectieuses respiratoires, une personne malade transmet en moyenne le virus à deux personnes. Ce taux est de vingt-trois pour un avec la rougeole.

En fonction du taux de contagiosité, le virus peut se multiplier à une vitesse exponentielle. Près d’un milliard de personnes prennent l’avion chaque année. Une étude allemande a démontré que 72 % des passagers attrapent un virus respiratoire lors d’un vol de plus de quatre heures. La dernière épidémie de grippe humaine qui a suivi une grippe porcine a fait deux millions de morts : c’était la grippe asiatique en 1957.

Que se passe-t-il quand le virus mute ?

Didier Raoult : C’est beaucoup plus difficile de connaître le taux de transmission une fois que le virus a muté. Chaque mutant a son propre génie dynamique, sa propre capacité à se multiplier. Ça devient très compliqué de faire des prédictions. Les modélisations sont toujours basées sur des analyses rétrospectives qui négligent une chose : les vivants sont toujours différents. Les médicaments dont nous disposons aujourd’hui sont efficaces s’ils sont prescrits très tôt. C’est beaucoup plus compliqué quand les gens deviennent contagieux.

Comment peut-on lutter contre ces virus mutants qui se transmettent d’homme à homme ?

Didier Raoult : La France est très en retard en ce qui concerne la lutte contre les infections respiratoires. Ne serait-ce que pour la grippe traditionnelle… Il existe aujourd’hui un vaccin et la plupart des gens sont immunisés contre le virus. Pourtant, c’est une maladie qui fait en moyenne 5 000 ou 6 000 morts par an en France. Les personnes âgées et les nouveaux-nés sont les plus touchés, mais tout le monde est exposé. Le jour où apparaîtra un mutant grippal dont la population n’est pas protégée par la vaccination, ce sera un désastre. Nous n’avons pas aujourd’hui les structures adéquates et nous connaissons mal les conditions de transmission.

Quels sont les pays les plus armés pour résister à ce genre d’épidémie ?

Didier Raoult : Les plus avancés sont les Chinois. Pour juguler l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), ils ont construit un hôpital doté de 600 lits à l’isolement et développé des services pour la prise en charge des malades contagieux. En Italie, il y a deux hôpitaux avec des dispositions similaires. En France, nous ne sommes mêmes pas capables d’enrayer des épidémies comme la gastro-entérite et la grippe traditionnelle.

Interview Christine Ortmans : La France est très bien préparée pour lutter contre une épidémie de grippe porcine

Qu’est-ce que le virus H1N1 de la grippe porcine, et quelle est sa différence avec le H5N1, la grippe aviaire ?

Christine Ortmans : Le virus de la grippe existe depuis toujours, et se transforme. La dernière épidémie massive est celle de la grippe espagnole en 1919, et les virus de la grippe aviaire et porcine sont très proches. On peut dire qu’ils appartiennent à la même famille. Les virus mutent régulièrement une partie de leur matériel génétique, en fonction des milieux dans lesquels ils se développent. La grippe aviaire se transmet du poulet aux oiseaux, qui le transportent ensuite et peuvent contaminer les hommes. Le H1N1 est d’abord une grippe du porc, qui peut ensuite se transmettre directement à l’homme. Il est également contagieux entre êtres humains, par voies aériennes.

Disposons-nous de traitements pour soigner la maladie ?

Christine Ortmans : Le traitement est le même pour toutes ces maladies, qui se soignent par le Tamiflu. C’est un médicament très efficace, bien que nous n’ayons pas eu l’occasion de le tester sur une population importante. Il diminue considérablement les symptômes et les risques mortels, mais doit être pris rapidement. Le mieux serait bien sûr de disposer d’un vaccin, sur lequel les chercheurs travaillent déjà. Il devrait être disponible assez rapidement, peut-être d’ici les prochaines semaines. La difficulté ne sera pas tant de le trouver que de le produire en grande quantité.

Lorsque des cas de grippe aviaire avaient été déclarés, les risques d’épidémie avaient effrayé la population. Existe-t-il un risque de pandémie avec la grippe porcine, et y sommes-nous préparés ?

Christine Ortmans : Actuellement, seul le Mexique est touché, mais dans le cas où une pandémie se déclencherait, c’est-à-dire si les foyers infectieux se multipliaient et touchaient Paris par exemple, nous disposons de stocks très importants de Tamiflu (33 millions de doses, ndlr). La France est très bien préparée, et nos moyens permettraient de répondre à une épidémie importante, c’est-à-dire touchant 30 % de la population. Chaque hôpital a mis en place un plan blanc pour faire face aux situations d’urgence. Les établissements disposent de médicaments pour traiter les premiers patients, et sont entraînés pour observer les mesures nécessaires. Sur Paris, les hôpitaux publics regroupent 11 établissements qui seraient parfaitement autonomes. En cas de besoin, la Dass déclencherait un plan blanc élargi, afin de coordonner l’ensemble des services. L’activité des services hospitaliers serait alors concentrée sur la maladie et l’armée approvisionnerait les hôpitaux. Un numéro gratuit a également été mis en place, qui permettrait d’informer et de trier les urgences, puis d’envoyer des médecins généralistes directement au domicile des malades.

Sources: lemonde.fr, lepoint.fr
Les propos du Dr Christine Ortman ont été recueillis par Laurène Rimondi pour lepoint.fr et ceux du Dr Didier Raoult par Elise Barthet pour lemonde.fr.

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