Les promesses d’un nouveau médicament contre le paludisme

Une nouvelle classes de molécules pourrait bientôt venir renforcer l’arsenal de lutte contre le paludisme. Connue sous le nom de spiroindolones, ces molécules ont montré des résultats prometteurs chez l’animal et ouvre potentiellement la voie au développement d’un nouveau traitement contre le paludisme. Une bonne nouvelle au moment ou des résistances apparaissent contre le médicament le plus utilisé actuellement.

Cet agent chimique, baptisé « spiroindolone NITD609 », pourrait, avec une dose unique, détruire les parasites du paludisme dans le sang, précise le Dr Elizabeth Winzeler, du Scripps Research Institute, un institut privé de recherche de Californie (Etats-Unis). Elle pense que les premiers essais cliniques humains pourraient débuter dès la fin de l’année. L’étude a été publiée dans la revue américaine Science1.

« Nous avons été enthousiasmés par le potentiel du NITD609 révélé dans les premières séries d’expériences en éprouvette. Notre enthousiasme a été encore plus grand après avoir testé, avec nos collègues de l’Institut tropical suisse, cet agent sur des souris à qui on avait inoculé le paludisme »,

a déclaré la chercheuse dans un communiqué.

Les rongeurs infectés avec le Plasmodium berghei, le parasite du paludisme chez les souris, meurent en une semaine. Mais une seule dose importante de NITD609 a guéri cinq souris infectées tandis qu’une dose plus faible n’a été efficace que pour la moitié de six autres.

Les chercheurs ont comparé l’efficacité de ce nouvel agent chimique avec d’autres anti-paludéens existants. Ils ont conclu que le NITD609 était de loin le plus efficace même si ses effets n’ont pas été aussi rapides que ceux de l’artémisinine, meilleur traitement actuel contre le paludisme.

D’autres tests de laboratoire ont également montré que le NITD609 ne semblait pas présenter de toxicité sur les cellules humaines. Le NITD609 a été identifié après que ces chercheurs eurent passé au crible 12.000 agents chimiques.

Ces infectiologues ont en outre pu déterminer que les parasites du paludisme développaient une résistance à ce nouvel agent chimique en modifiant un seul de leurs gènes. Cette découverte permettra de mettre au point un test capable de détecter rapidement une résistance du parasite si ce composant chimique finit par être autorisé pour traiter les humains.

« Il n’y pas eu de nouveau traitement anti-paludéen développé depuis plus de dix ans, lorsque l’artémisinine –dérivé d’une plante chinoise– a commencé à être largement utilisée »,

constate Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), qui a financé une partie de cette recherche commencée en 2007.

Cette découverte tombe particulièrement bien au moment où apparaît en Asie une résistance à l’artémisine du Plasmodium falciparum –parasite responsable du paludisme chez l’homme. L’artémisinine est actuellement le principal composant du traitement actuel utilisé par environ 100 millions de patients chaque année.

Tout en soulignant « les progrès importants », le Dr Fauci relève que la maladie fait encore près d’un million de morts chaque année sur les quelque 247 millions de cas dénombrés.

« Ce nouveau composant chimique paraît cibler une protéine du parasite qui n’est visée par aucun des anti-paludéens existants et est aussi doté de plusieurs autres caractéristiques souhaitables »,

explique le Dr Fauci.

Il note également que cette recherche est illustre la réussite d’une collaboration entre des chercheurs du public et du secteur privé. Le groupe pharmaceutique suisse Novartis a en effet contribué au développement de ce nouvel agent. Outre le gouvernement américain et Novartis, ces études ont été financées par le Wellcome Trust, une importante institution caritative britannique2.

Notes et références

  1. Spiroindolones, a Potent Compound Class for the Treatment of Malaria. Matthias Rottmann, Case McNamara, Bryan K. S. Yeung, Marcus C. S. Lee, Bin Zou, Bruce Russell, Patrick Seitz, David M. Plouffe, Neekesh V. Dharia, Jocelyn Tan, Steven B. Cohen, Kathryn R. Spencer, Gonzalo E. González-Páez, Suresh B. Lakshminarayana, Anne Goh, Rossarin Suwanarusk, Timothy Jegla, Esther K. Schmitt, Hans-Peter Beck, Reto Brun, Francois Nosten, Laurent Renia, Veronique Dartois, Thomas H. Keller, David A. Fidock, Elizabeth A. Winzeler, Thierry T. Diagana. Science. []
  2. Sources : AFP et EurekAlert. []

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