Le tissu adipeux produit des cellules du système immunitaire

Une équipe de recherche française1 a mis en évidence, dans le tissu adipeux, l’existence de cellules souches similaires à celles de la moelle osseuse. Ces cellules sont capables de se différentier en mastocytes, des cellules immunitaires (une variété de globule blanc) impliquées notamment dans les processus allergiques et la réponse à une inflammation.

Tissu adipeux blanc - Microscopie optique - Coloration H&E - © Duke.edu

Les chercheurs pensaient auparavant que les mastocytes étaient produits uniquement dans la moelle osseuse. Cette étude, publiée dans la revue Stem Cells2 ouvre un champ d’investigation inexploré sur le rôle du tissu adipeux dans la réponse immunitaire et pourrait déboucher sur de nouvelles applications thérapeutiques.

Rôle métabolique du tissu adipeux

Loin d’être un simple réservoir de graisses, le tissu adipeux joue un rôle important dans le métabolisme. De nombreuses études ont montré que le tissu adipeux blanc (le gras ordinaire, par opposition au tissu adipeux brun formé pendant la vie fœtale) héberge des cellules qui sont présentes dans le sang, comme les macrophages ou les lymphocytes. Ces cellules, appelées hématopoïétiques, constituent 20 pour cent des cellules du tissu adipeux blanc. Jusqu’à présent, on pensait qu’elles étaient issues de la moelle osseuse, où elles se différenciaient à partir de cellules souches.

Les chercheurs ont montré que certaines de ces cellules sont produites dans le tissu adipeux, chez la souris. Il s’agit des mastocytes, des cellules dont le rôle apparaît de plus en plus important dans la réponse du système immunitaire. Les chercheurs ont isolé, dans le tissu adipeux, une population de cellules souches hématopoïétiques capables de se différencier en mastocytes. De plus, les chercheurs ont réinjecté ces cellules souches hématopoïétiques dans le sang des souris, avec des cellules souches de moelle osseuse, les plaçant ainsi en compétition. Résultat : les mastocytes des tissus tels que l’intestin ou la peau proviennent par la suite principalement des cellules souches hématopoïétiques des tissus adipeux. Les biologistes ont ainsi constaté que les cellules souches du tissu adipeux sont capables de coloniser des organes périphériques (tissus autres que la moelle osseuse) et de s’y différencier en mastocytes matures et fonctionnels.

Nouvelles perspectives thérapeutiques

Si l’on retrouve ces résultats chez l’homme, ils ouvriront des perspectives thérapeutiques pour soigner les maladies immunitaire telles que l’obésité3, le diabète, l’athérosclérose, l’ostéoarthrite… ainsi que les maladies allergiques. En effet, les mastocytes sont omniprésents dans la réponse immunitaire. On sait aujourd’hui qu’ils jouent un rôle beaucoup plus étendu qu’on ne l’avait cru par le passé. Ils sont à la fois impliqués dans la réponse immunitaire innée (liée à une inflammation provoquée par un virus ou une bactérie) ou à la réponse immunitaire dite adaptative (ils sont capables de présenter l’antigène aux lymphocytes T, qui vont produire des anticorps ). Le tissu adipeux, qui constitue de 10 à 50 pour cent du poids d’un individu adulte, serait, chez l’homme, une source importante de mastocytes : il pourrait donc devenir une cible intéressante pour soigner les maladies hématopoïétiques et immunitaires impliquant les mastocytes4.

Notes et références

  1. Des chercheurs de l’équipe Métabolisme, plasticité et mitochondriesdu du CNRS et de l’Université Paul Sabatier à Toulouse en collaboration avec le Centre de physiopathologie de Toulouse (Inserm). []
  2. Adipose Tissue as a Dedicated Reservoir of Functional Mast Cell Progenitors, Sandrine Poglio, Fabienne De Toni-Costes, Emmanuelle Arnaud, Patrick Laharrague, Eric Espinosa, Louis Casteilla and Béatrice Cousin. Stem Cell, volume 28, issue 11 (numéro de novembre paru lundi 22 novembre). []
  3. L’obésité est désormais considérée comme une pathologie à caractère inflammatoire, l’inflammation étant produite par la flore intestinale, et donnant lieu à une réponse immunitaire. []
  4. Source : CNRS []

Commentaires Clos.

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