Obésité : un gène FTO hyperactif fait « trop manger »

Les scientifiques ont réussi à établir un lien direct entre le gène FTO – un gène de prédisposition à l’obésité – et l’obésité. Dans une étude à paraître dans la revue scientifique Nature Genetics1, une équipe de l’université d’Oxford (Royaume Uni) a montré que l’hyperactivation de ce gène pousse les souris à manger plus et devenir obèses.

Cette découverte suggère que ce gène pourrait représenter une cible pour un médicament anti-obésité qui agirait en désactivant ce gène.

« Ce travail nous réconforte dans l’idée que le gène FTO est un gène important contribuant à l’obésité. Une activité trop importante de ce gène peut conduire à la prise de poids lié à une suralimentation ».

souligne le Professeur Frances Ashcroft de l’Université d’Oxford.

« Nous pouvons à présent envisager de développer un médicament, une pilule anti-obésité, qui ralentirait l’activité du gène FTO. Le chemin est encore long et le succès non garanti mais c’est une perspective réjouissante, »

poursuit-elle.

En 2007, deux équipes ont découvert – simultanément et de manière totalement indépendante – qu’une variation dans le gène FTO pouvait être liée à l’obésité. La découverte avait été faite par une équipe américano-britannique dirigée par le Professeur Andrew Hattersley (Exeter, Royaume Uni), parue dans la revue Science2 et une équipe franco-anglo-suisse dirigée par le Professeur Philippe Froguel (Institut Pasteur de Lille, France), publiée par la revue Nature Genetics3.

Cette variation est retrouvée dans la séquence d’ADN du gène FTO. Les personnes qui disposent de deux copies de cette variation sont en moyenne 3 kg plus lourdes que les personnes sans cette variation. Environ 16% des personnes originaires d’Europe disposent des deux copies.

Dans cette étude, les chercheurs ont essayer de déterminer si des changements dans l’activité du gène était à l’origine de la prise de poids. Les chercheurs ont généré des souris génétiquement modifiées porteuses des deux variantes du gène FTO. Ces souris étaient en bonne santé mais mangeaient plus et sont devenues plus grosses. Les souris femelles qui portaient les deux variantes du gène avaient après six semaines d’étude un surpoids de 22% et cela malgré un régime alimentaire normal. Chez les mâles, la différence de poids était de 10%. Les chercheurs ont aussi montré que cette différence de poids provenait du fait que les souris avec un gène FTO hyperactif mangeaient plus. Il n’y a pour l’instant aucune preuve montrant que les différences chez l’homme sont du même ordre ou qu’il existe un tel écart entre les sexes.

Ces résultats fournissent – c’est une première – assez d’éléments de preuve pour affirmer que le gène FTO entraine une obésité. La prochaine étape pour les chercheurs est de comprendre les mécanismes sous-jacents, de déterminer par exemple si l’appétit plus grande est du au cerveau ou si des messages différents sont envoyés aux réserves de graisse ou aux autres tissus. Une fois ces mécanismes identifiés, il sera possible d’envisager le développement de médicaments pour y remédier.

Notes et références

  1. Overexpression of Fto leads to increased food intake and results in obesity. Chris Church, Lee Moir, Fiona McMurray, Christophe Girard, Gareth T Banks, Lydia Teboul, Sara Wells, Jens C Brüning, Patrick M Nolan, Frances M Ashcroft & Roger D Cox. Nature Genetics. []
  2. A Common Variant in the FTO Gene Is Associated with Body Mass Index and Predisposes to Childhood and Adult Obesity. Timothy M. Frayling, Nicholas J. Timpson, Michael N. Weedon, Eleftheria Zeggini, Rachel M. Freathy, Cecilia M. Lindgren, John R. B. Perry, Katherine S. Elliott, Hana Lango, Nigel W. Rayner, Beverley Shields, Lorna W. Harries, Jeffrey C. Barrett, Sian Ellard, Christopher J. Groves, Bridget Knight, Ann-Marie Patch, Andrew R. Ness, Shah Ebrahim, Debbie A. Lawlor, Susan M. Ring, Yoav Ben-Shlomo, Marjo-Riitta Jarvelin, Ulla Sovio, Amanda J. Bennett, David Melzer, Luigi Ferrucci, Ruth J. F. Loos, Inês Barroso, Nicholas J. Wareham, Fredrik Karpe, Katharine R. Owen, Lon R. Cardon, Mark Walker, Graham A. Hitman, Colin N. A. Palmer, Alex S. F. Doney, Andrew D. Morris, George Davey Smith, The Wellcome Trust Case Control Consortium, Andrew T. Hattersley, Mark I. McCarthy. Science Vol. 316. no. 5822, p. 185. []
  3. Variation in FTO contributes to childhood obesity and severe adult obesity. Christian Dina, David Meyre, Sophie Gallina, Emmanuelle Durand, Antje Körner, Peter Jacobson, Lena M S Carlsson, Wieland Kiess, Vincent Vatin, Cecile Lecoeur, Jérome Delplanque, Emmanuel Vaillant, François Pattou, Juan Ruiz, Jacques Weill, Claire Levy-Marchal, Fritz Horber, Natascha Potoczna, Serge Hercberg, Catherine Le Stunff, Pierre Bougnères, Peter Kovacs, Michel Marre, Beverley Balkau, Stéphane Cauchi, Jean-Claude Chèvre & Philippe Froguel. Nature Genetics. []

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