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Travailler en « trois huit » : un risque plus élevé de syndrome métabolique

Le travail en « trois huit » augmenterait non seulement le risque de présenter un syndrome métabolique – et donc celui de maladies cardiovasculaires – mais également le risque de développer une résistance à l’insuline.

Une équipe de l’Inserm vient de montrer que ce rythme de travail pourrait avoir un retentissement sur la sécrétion de l’insuline par le pancréas, hormone régulatrice du métabolisme glucidique. Ces travailleurs postés ont en effet un risque plus élevé de présenter une hypersécrétion de l’insuline et une baisse de sensibilité à l’insuline : un stade intermédiaire de prédiabète. Ces travaux sont parus dans la revue spécialisée Chronobiology International1.

Le travail en trois fois huit heures consiste à travailler huit heures d’affilées à des moments différents de la journée ou de la nuit au cours de la semaine. Des travaux antérieurs ont montré que les personnes soumises à ce rythme présentent davantage d’hypertension artérielle et de perturbations lipidiques, deux facteurs concourant à l’apparition d’un syndrome métabolique et accroissant le risque de maladie cardiovasculaire. Les conséquences sur les perturbations glucidiques restaient jusqu’ici incertaines.

Les signes d’un prédiabète

Pour en savoir plus, des chercheurs de l’Inserm ont suivi près de 200 ouvriers travaillant dans une usine du sud de la France entre 2001 et 2002. La moitié d’entre eux faisaient les trois huit (un ou deux jours en matinée, un ou deux jours dans l’après midi et un ou deux jours de nuit par semaine) et l’autre moitié travaillait uniquement la journée, à partir de huit heures du matin. Toutes ces personnes ont été suivies sur le plan biologique et cliniques et les auteurs ont ajusté les résultats obtenus en fonction de plusieurs critères susceptibles de modifier leurs bilans : type d’alimentation, niveau d’activité physique, stress au travail, consommation de tabac et d’alcool…

Des taux de triglycérides plus élevés ou encore des taux d’HDL cholestérol plus faibles ont été observés chez les travailleurs soumis aux trois huit. Mais il a surtout été mis en évidence une augmentation de la sécrétion d’insuline au niveau du pancréas et une baisse de sensibilité à cette hormone.

« Cela signifie que l’organisme exige davantage d’insuline pour réguler normalement la glycémie »

explique le Dr Yolande Esquirol, coauteur des travaux (CHU de Toulouse – Inserm UMR 1027).

« Il s’agit en fait d’un état intermédiaire avant une résistance franche à l’insuline qui peut marquer les prémices d’un diabète ».

Un lien de cause à effet très probable

Cette étude ne permet pas d’établir un lien direct de cause à effet entre le rythme des trois huit et ces altérations mais ce lien parait très probable compte tenu des perturbations du rythme circadien.

« L’équilibre métabolique et la production d’hormones dépendent en partie du rythme circadien, régulé par l’activité du système nerveux central mais également au niveau de différents organes comme le foie ou le pancréas. Les changements réguliers de rythme de travail perturbent sans cesse le rythme circadien et altèrent probablement le métabolisme ».

Une prévention possible

Les résultats de ces travaux suggèrent bien un risque accru de perturbations du métabolisme glucidique chez les personnes soumises au travail en trois fois huit heures.

« Ils incitent à un dépistage plus précoce de sensibilité à l’insuline chez ces individus afin de mettre en place des actions préventives de promotion de la santé comme la modification de facteurs nutritionnels, la pratique d’activité physique de loisirs, l’adaptation des rythmes de travail et une hygiène du sommeil »

précise Yolande Esquirol2.

Notes et références

  1. Shiftwork and Higher Pancreatic Secretion : Early Detection of an Intermediate State of Insulin Resistance ? Yolande Esquirol, Vanina Bongard, Jean Ferrieres, Helène Verdier, Bertrand Perret. Chronobiology International. []
  2. Source Inserm []

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