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La rapamycine : un médicament anti-rejet qui prolonge la vie des souris agées

statues-ile-paqueLa rapamycine a été découverte presque par hasard par des scientifiques canadiens venus sur l’Île de Pâques (Rapa Nui) dans le Pacifique pour y étudier la santé des populations locales isolés. En analysant les sols aux abords des fameuses statues qu’abrite l’île, ils ont découvert une bactérie qui sécrétait un nouvel antibiotique, un puissant anti-fongique qu’ils ont appelé rapamycine en référence au nom de l’île.

La rapamycine prolongerait la vie des souris âgées

Quelques 35 ans plus tard, la rapamycine, grâce à sa propriété immuno-suppressive, est devenu un médicament anti-rejet de choix chez les malades ayant bénéficié de greffe. Cette molécule empêche également les cellules de se diviser, ce qui pourrait bien en faire un potentiel médicament anti-cancer.

Une nouvelle étude nous apprend que la rapamycine aurait une autre propriété encore plus intéressante : elle prolongerait la vie du moins chez la souris. Ces recherches font l’objet d’une publication dans la revue Nature (référence ci-dessous).

David Harrison, Randy Strong et Richard Miller et leur équipe ont dirigé cette étude qui montre en effet que les souris qui consomment la rapamycine ont une durée de vie plus longue de 9 à 14%.

La rapamycine devient ainsi le premier médicament capable d’allonger la durée de vie de mammifères.

Les chercheurs ont donné de la rapamycine en complément alimentaire à des souris âgées de 20 mois (l’équivalent de 60 ans chez l’homme), et ont comparé leur durée de vie à celle de souris du même âge, nourries normalement.

Le traitement à la rapamycine a augmenté la durée de vie moyenne des mâles de 9 % et celle des femelles de 14 %, par rapport aux souris non traitées. Il a fait passer l’âge maximal des souris (défini comme l’âge atteint par les 10 % vivant le plus longtemps) de 1.094 à 1.245 jours chez les femelles et de 1.078 à 1.179 jours chez les mâles.

Dans une seconde étude, en cours, les souris ont été traitées dès l’âge de 9 mois et une augmentation de leur espérance de vie est déjà observée.

Il est déconseillé de prendre de la rapamycine pour vieillir moins vite

Mais Matt Kaeberlein et Brian Kennedy (Université de Washington, Seattle) mettent en garde les personnes en bonne santé contre la tentation « de prendre de la rapamycine pour vieillir moins vite. Les potentiels effets immunosuppressifs de ce composé suffisent à conseiller la prudence. »

La rapamycine est en effet prescrite aux patients greffés, afin d’éviter les rejets d’organes transplantés.

Toutefois, cette découverte pourrait permettre de développer des analogues de la rapamycine dépourvus d’effets secondaires, dans l’espoir de lutter contre les maladies liées à l’âge.

Si la rapamycine retarde la mort, l’autopsie des souris traitées et non traitées montre que le médicament ne modifie pas les causes de décès.

Selon les auteurs, il pourrait par contre retarder le développement de cancers, ralentir les mécanismes du vieillissement, ou les deux à la fois.

La rapamycine est connue pour diminuer l’activité d’une protéine, TOR (acronyme de Target Of Rapamycin), déjà impliquée dans le processus de vieillissement chez les invertébrés.

L’inhibition de TOR avait déjà permis d’augmenter la longévité de la levure, du ver nématode ou de la mouche du vinaigre, mais c’est la première fois que ce résultat est observé chez un mammifère. On peut donc ajouter les mammifères à la liste.

Les études suivent leur cours et de nombreuses questions se posent, notamment une, que se passe-t-il si la rapamycine est donnée à des animaux jeunes. Les chercheurs précisent qu’ils sont entrain de tester cette possibilité et les résultats préliminaires montreraient que ces souris meurent également à un age plus avancé.


Référence :
Article :
Rapamycin fed late in life extends lifespan in genetically heterogeneous mice
Auteurs : David E. Harrison, Randy Strong, Zelton Dave Sharp, James F. Nelson, Clinton M. Astle, Kevin Flurkey, Nancy L. Nadon, J. Erby Wilkinson, Krystyna Frenkel, Christy S. Carter, Marco Pahor, Martin A. Javors, Elizabeth Fernandez & Richard A. Miller
Journal de publication : Nature
DOI : 10.1038/nature08221

Sources : Nature, AFP

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