Des missiles ARN téléguidés pour détruire le VIH

De nouvelles molécules d’ARN peuvent localiser et pénétrer des cellules infectées par le virus du sida tout en épargnant les cellules saines selon une nouvelle étude chez des souris transplantées avec un système immunitaire humain. Les résultats sont détaillés dans la revue Science Translational Medecine1.

Cette découverte pourrait représenter un traitement alternatif pour les patients infectés par le VIH qui ne répondent pas aux thérapies classiques. Les petits ARN inhibiteurs sont des courtes molécules d’ARN double brin capables d’interférer avec l’expression d’un gène spécifique. Malgré leur aptitude à cibler précisément des cellules et des molécules, les ARN inhibiteurs ont montré un succès limité en tant qu’agents thérapeutiques. En effet, injectés dans l’organisme, les ARN inhibiteurs ont tendance à être détruits dans le sang, mettant parfois même en branle le système immunitaire.

Les chercheurs ont réussi, dans cette étude, à contourner cette difficulté en attachant les ARN inhibiteurs à l’extrémité de petites molécules appelées aptamères (qui sont aussi faits d’ARN). Les résultats montrent que l’association ARN inhibiteurs-aptamère marche alors comme un missile téléguidé, l’aptamère étant la partie assurant le guidage vers les cellules TCD4 infectées (tout en épargnant les cellules saines) et aussi l’enveloppe virale, libérant sa charge destructive, le ARNsi. En conséquence, non seulement la production du virus par la cellule infectée est inhibée, mais les virions circulant dans le sang sont aussi éliminés. Les chercheurs ont pu démontrer que fixé à l’aptamère, le ARNsi agit en dégradant un élément clé du génome du VIH (le gène tat/rev), ce qui permet de bloquer la réplication virale.

Les souris ne peuvent pas être infectées par le VIH, elles sont donc moins utile que les primates non-humains dans les recherches contre le virus du sida. Les chercheurs ont néanmoins réussi à les utiliser en leur transplantant des cellules souches du sang humaines, de sorte qu’elles sont devenues porteuses de sang et d’un système immunitaire humain. Ces animaux ont ensuite été infectés par le VIH jusqu’à ce qu’ils fabriquent énormément de virus, même si tous les aspects de la maladie n’étaient pas reproduits.

Puis l’équipe a montré que la seule injection des molécules d’aptamères avec ARN inhibiteurs a entraîné une chute de la concentration en VIH dans le sang et qu’ensuite une injection par semaine a permis de complètement protéger les souris contre le déclin des lymphocytes T responsable de l’apparition des symptômes du sida. Les molécules d’aptamères avec ARN inhibiteurs devant être injectées, les chercheurs espèrent formuler un dosage où une seule injection par mois suffirait pour les patients. De plus, comme les aptamères peuvent être mélangés et associés à d’autres ARN inhibiteurs, cette approche paraît beaucoup plus rapide et souple que de trouver de nouvelles substances contre le virus lui-même qui est très variable.

Ces résultats, s’ils peuvent être transposés chez l’humain, permettent raisonnablement d’envisager un traitement alternatif pour les patients infectés par le VIH qui ne répondent pas aux thérapies classiques.

Notes et références

  1. Charles Preston Neff, Jiehua Zhou, Leila Remling, Jes Kuruvilla, Jane Zhang, Haitang Li, David D. Smith, Piotr Swiderski, John J. Rossi & Ramesh Akkina. An Aptamer-siRNA Chimera Suppresses HIV-1 Viral Loads and Protects from Helper CD4+ T Cell Decline in Humanized Mice. Sci Transl Med 19 January 2011: Vol. 3, Issue 66, p. 66ra6 DOI: 10.1126/scitranslmed.3001581 []

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