Jean-Claude Chermann, un « oublié » du prix Nobel de médecine

Jean-Claude ChermannJean-Claude Chermann est le co-découvreur du virus du sida avec les lauréats du prix Nobel 2008 Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi. Le Professeur est l’oublié du Nobel, il reste amer mais va de l’avant dans ses recherches, créant des tests pronostics et imaginant des vaccins.

Le Professeur de 69 ans ne cache pas son « amertume ». « C’est dans mon labo que le virus a été trouvé, c’est moi qui ai eu l’idée », dit-il. L’article de la revue spécialisée Science qui annonce la nouvelle, « c’est moi qui l’ai écrit », dit-il.

En 1983, Luc Montagnier était patron de l’unité de l’institut Pasteur qui coiffait le laboratoire où il travaillait avec Françoise Barré-Sinoussi. « J’ai travaillé avec elle pendant 17 ans, je l’ai formée, c’est une fille adorable ».

L’amertume, assure-t-il, se mêle de joie : « on s’est battus pour que la découverte soit française », « c’est mon équipe qui a le Nobel », « c’est l’Institut Pasteur où je travaillais ». Même s’il trouve bizarre qu’il ait fallu attendre 25 ans.

Et il ne peut s’empêcher de trouver que le prix est « dévalorisé ». Un membre du comité Nobel lui aurait assuré qu’il l’aurait « dans 3/4 ans, tout seul, pour ses recherches actuelles ». Il hausse les épaules : « c’était pour moi un rêve scientifique, mais s’ils me le donnent, je crois que je le refuserai ».

Son mauvais caractère, qui expliquerait, dit-on, qu’il ait raté la récompense? « J’ai du caractère, oui, mais moi je suis un découvreur, j’ai voué toute ma vie à ça, et je n’ai plus l’âge de supporter les mesquineries ».

Jean-Claude Chermann est un battant. Né à Paris le 23 mars 1939 de mère catholique et de père juif, il voit partir 16 membres de sa famille à Auschwitz -seul son père échappera à la mort. Parents divorcés, il aide sa mère en faisant des petits boulots et parvient à s’en sortir grâce aux études. Rugbyman patenté dans sa jeunesse, il affiche toujours une cravate aux couleurs de la fédération.

Il se console en notant que Pasteur non plus n’a pas eu le Nobel et qu’en le recevant quelques jours après l’attribution, le président Nicolas Sarkozy lui a offert « la reconnaissance de la nation ». « Ca a été hyper important pour moi ».

A la tête d’une unité de l’Inserm et au sein de sa société URRMA créée à Aubagne (Bouches-du-Rhône) en 2001, le Pr Chermann poursuit activement des projets qu’il mène depuis 20 ans et qu’à coup sûr, dit-il, un Nobel aurait aidés.

Il centre ses recherches sur ces malades très particuliers, infectés par le VIH mais ne développant pas la maladie. « Trois séropositifs sur 10 sont +non-progresseurs+ », affirme-t-il. Selon lui, ils neutralisent toutes les formes de virus grâce à des anti-corps protecteurs, les anti R7V.

Il a déjà mis au point un test pronostic qui permettra d’identifier qui est « non progresseur » et d’éviter de traiter tout le monde tout de suite. Les kits seront distribués l’an prochain auprès de grands organismes.

Il travaille aussi à la mise au point d’un vaccin thérapeutique et d’un vaccin prophylactique (préventif), qui devraient prendre un peu plus longtemps.

L’expérience malheureuse du Nobel l’incite à faire savoir ce qu’il fait, et à accélérer le rythme. Il pense pouvoir compter après sa rencontre avec Nicolas Sarkozy sur « un apport supplémentaire d’argent ».

En attendant, il suggère de réviser les modes d’attribution du prix Nobel, parce qu’aujourd’hui la recherche se mène « en équipe » et on risque de créer « des frustrés ». A défaut, il imagine la création d’autres prix concurrents, décernés à des équipes et soutenus par des fondations, comme celle de Bill Gates ou une que créerait, pourquoi pas, Carla Sarkozy.

Source: dépêche AFP par Christine Courcol

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