Un gel vaginal anti-VIH réduit le risque de contamination par le VIH de moitié

Selon les résultats d’une étude menée en Afrique du Sud, un gel vaginal microbicide contenant un antirétroviral empêcherait l’infection par le VIH dans 50% des cas. Les résultats de cette étude ont été rendus publique lors de la Conférence internationale sur le sida qui se tient à Vienne en Autriche cette semaine.

conference-sida-2010-vienneL’étude, publiée dans le journal Science1, fait apparaître un effet plus que notable d’un gel vaginal dans lequel a été inclus un antirétroviral bien connu, le Tenofovir, à hauteur de 1%. Quand il est convenablement utilisé, c’est à dire une fois dans les 12h précédant le rapport sexuel et une fois dans les 12H après, il réduit de 54% les risques de contamination.

Cet essai, intitulé Caprisa 42, a été réalisé pendant près de trois ans auprès 889 femmes zoulou du KwaZulu Natal, la région d’Afrique du Sud « où la prévalence de la séropositivité est la plus élevée dans le monde », selon le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS).

Là, la circoncision est rare (5% des hommes) et la contamination est de 50% chez les femmes de plus de 24 ans. Chez les partenaires du groupe étudié, l’usage du préservatif était inférieur à 20%.

gel-microbicide-anti-vih Chez les femmes qui ont suivi strictement les consignes (la moitié d’entre elles), le taux d’infection a été inférieur de moitié à ce qu’il était chez celles utilisant un placebo. Parmi l’ensemble des femmes disposant du gel avec antiretroviral, quelle que soit leur adhérence au programme, l’infection a été de 39% inférieure à celle des femmes utilisant un placebo. 38 femmes recevant le gel avec antiretroviral ont été infectées, pour 60 dans le groupe placebo. Toutes les femmes bénéficiaient d’un important suivi médical.

La communauté des experts, associations, malades du sida a applaudi à l’arrivée -éventuelle- d’un produit qui permettrait notamment aux femmes africaines, qui représentent 60% de la contamination du continent, de prendre en main leur propre sort, plutôt que de dépendre de la volonté incertaine de leur partenaire.

« Nous donnons de l’espoir aux femmes »,

a dit Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida sachant que les femmes représentent plus de la moitié des nouvelles infections dans le monde.

«Si ces résultats se confirment, ce microbicide constituera une arme puissante en matière de prévention et devrait nous aider à enrayer le développement de l’épidémie de sida»,

a-t-il ajouté.

« Ce sera une des grandes nouvelles de Vienne »,

a estimé le Pr Delfraissy.

« Nous sommes tous très excités par les résultats »,

a déclaré Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses (NIAID) lors d’une conférence de presse.

Les recherches sur les microbicides, menées depuis 20 ans, n’avaient connu jusqu’à maintenant que des revers, avec au mieux une absence d’effet de protection, au pire une surcontamination avec des produits toxiques pour la muqueuse vaginale.

Nombre de questions restent cependant, notamment sur la nécessité de poursuivre l’étude à plus grande échelle et d’imposer un simple placebo à la moitié des femmes de l’étude, sur le produit lui-même et sur son éventuelle mise sur le marché.

S’il était commercialisé, ce gel vaginal serait abordable avec un coût de 8 et 15 centimes d’euros par application.

Le gel anti-VIH encore plus efficace contre l’herpèsvirus

Les chercheurs ont également annoncé que les effets du gel vaginal donnait des résultats encore plus spectaculaires contre le virus Herpes simplex 2 (HSV-2) qui provoque l’herpès génital.

Le Dr Salim Abdool Karim qui dirigé l’étude CAPRISA 4 a expliqué que la moitié des femmes n’étaient pas infecté par le HSV-2 au début de l’étude. Dans ce groupe, 58 des 224 femmes sous placebo ont été infectées par le virus HSV-2 contre 29 sur les 202 femmes qui ont reçu le gel. La différence de 51% était significative, et l’effet microbicide sur l’infection par le VIH était indépendant des observations faites sur le HSV-2.

Le résultat est particulièrement rassurant car une personne infectée par HSV-2 a plus de risque d’être infectée par le VIH.

« Une fois confirmé et dupliqué, le gel tenofovir a le potentiel d’altérer la course de l’épidémie de VIH, »

dit le Salim Abdool Karim.

Il explique par ailleurs qu’un des composés du tenofovir est commercialisé en tant que traitement pour le HSV-2. Mais peu de chercheurs du SIDA connaissaient le lien, et beaucoup furent surpris que le tenofovir avait un impact si puissant sur HSV-2.

Notes et références

  1. Effectiveness and Safety of Tenofovir Gel, an Antiretroviral Microbicide, for the Prevention of HIV Infection in Women. Quarraisha Abdool Karim, Salim S. Abdool Karim, Janet A. Frohlich, Anneke C. Grobler, Cheryl Baxter, Leila E. Mansoor, Ayesha B. M. Kharsany, Sengeziwe Sibeko, Koleka P. Mlisana, Zaheen Omar, Tanuja N. Gengiah, Silvia Maarschalk, Natasha Arulappan, Mukelisiwe Mlotshwa, Lynn Morris, Douglas Taylor, on behalf of the CAPRISA 004 Trial Group. Science. []
  2. Toutes les infos sur l’étude Caprisa.
    La présentation des résultats de l’étude (PDF). []

9 Commentaires

  1. pourquoi a t’ont le droit d’utiliser ce genre de test sur des êtres humains (Africains,évidemment!!)
    Je pense qu’utiliser un placébo dans le cas d’une maladie aussi grave est un homicide, puisque 450 femmes ont été contaminée volontairement.
    j’espère avoir mal compris!!!!.
    Pourquoi ne fait on pas ce test en France?

  2. Je ne sais pas si vous avez compris mais tout cela est fait pour essayer d’enrayer l’épidémie de SIDA. Tous ces gens qui sont impliquées dans ces programmes ne veulent qu’une chose, c’est trouver des solutions pour stopper ou à défaut ralentir l’épidémie surtout en Afrique ou la situation est très préoccupante.

    Il faut utiliser un placebo pour pouvoir valider les résultats. C’est un contrôle qui permet de dire que c’est bien le gel bactéricide qui confère une protection. C’est faux de dire que 450 femmes ont été volontairement contaminées, le gel a permis au contraire de protéger de nombreuses femmes. D’où tenez vous le chiffre de 450 ? C’est bien dit dans l’article « 38 femmes recevant le gel avec antiretroviral ont été infectées, pour 60 dans le groupe placebo. » Ensuite c’est un test en phase II, dont le but est d’évaluer l’innocuité du produit. Qu’auriez vous dit si des effets secondaires désastreux s’étaient manifestés?

    Ensuite la question peut se poser d’interrompre oui ou non le test devant ces résultats comme cela avait été le cas pour deux essais cliniques sur les effets de la circoncision masculine. Je n’ai pas la réponse mais cela va être discuté.

    Ce gel est testé dans l’espoir de permettre aux femmes africaines, principalement, de prendre en main leur propre sort. De nombreuses femmes en Afrique sont forcées d’avoir des rapports sans préservatif. Bien qu’il représente aussi un espoir pour les femmes françaises, la situation est quand même différente en France.

  3. Je suis du même avis que Launay, moi aussi je ne comprends pas très bien cette démarche. Oui on a sans doute prouvé que ce gel était apte à protéger (à moitié) du sida, mais en contaminant volontairement d’autres femmes car en faisant cette expérience ils savaient pertinemment que celles qui recevaient le placebo risquaient forcément d’être atteinte!
    « C’est faux de dire que x femmes ont été volontairement contaminées, le gel a permis au contraire de protéger de nombreuses femmes… » en sachant que celles qui avaient un placebo couraient forcement des risques!
    Ce qui me fait bondir c’est qu’on utilise pour ce faire des gens qui n’auront pas sans doute la capacité de se défendre.

  4. Cette démarche est la même quelque soit le pays et quelque soit le médicament testé.
    Cet essai servait justement à dire si le gel est efficace et évaluer les risques, quand on débute un tel essai, on ne sait pas. Un autre essai de gel microbicide, en 2007, s’est avéré en fin de compte plus risqué que bénéfique.
    Alors oui maintenant, après le test, on peut dire ce gel est efficace, et maintenant la question se pose de savoir si on interrompt ou pas les essais. Cela va être discuté.
    Voila il faut arrêter avec cette méfiance, personne n’est utilisée. Ces résultats sont un espoir pour des millions de femmes africaines.

  5. Enfin, vous comprenez, il faut absolument effectuer ces tests. Regardez, par exemple pour le test précédent… »Un autre essai de gel microbicide, en 2007, s’est avéré en fin de compte plus risqué que bénéfique. » Et après tout « quand on débute un tel essai, on ne sait pas ».
    Non mais vous vous rendez compte… A ce titre, on pourrait assimiler votre réaction à celle de partisans d’Hitler. C’est vrai, ils faisaient des tests sur des « prisonniers » (des femmes, des hommes et des enfants, d’accord, mais des prisonniers quand même). Ces femmes sont tout aussi prisonnières de leur situation. C’est révoltant de voir à quel point tout est permis au nom de la science… La vie d’autrui n’a-t-elle que si peu d’importance à vos yeux?!!!

  6. Je ne suis pas sur de bien comprendre. La procédure pour effectuer des essais cliniques est très règlementée, c’est la même démarche en France.
    Ces femmes ont toutes été VOLONTAIRES. Encore une fois, des vies sont sauvées, le crime serait de ne rien faire et attendre gentiment que tous ces gens meurent.

  7. Volontaires….???!!! Mais enfin, savez-vous pourquoi elles ont été volontaires? Volontaires car elles doivent subvenir aux besoins de leur famille car elles n’ont pas le choix. Les femmes qui ont été volontairement exposées au VIH étaient elles clairement au courant? Même si dans la démarche scientifique, un échantillon doit être soumis à un placebo afin de pouvoir valider un résultat… Les femmes seraient, à vous entendre, prêtes à s’exposer au virus du sida, pour pouvoir approuver le résultat…et ce, dans un but purement scientifique. Par générosité et amour pour la science, elles donneraient donc leur vie et mettraient en danger celle de leurs proches?! Si on avez lancé l’étude en France, combien auraient été volontaires?

  8. Vous n’avez pas compris la manière dont l’essai a été conduit.
    On a recruté des volontaires pour tester ce gel. Personne n’a été volontairement exposé au virus. On leur a proposé d’essayer le gel et ces femmes sont allés vivre leur vie. Les médecins n’ont fait que les suivre. Certaines ont donc été exposées au virus et d’autres non. Certaines ont utilisées le gel, d’autres non. Et certaines avaient un placébo. Au bout de trois ans les chercheurs ont analysé les résultats et il en est sorti le résultat de l’article. Vous comprenez la démarche ?

  9. J’ai très bien compris la démarche. Comment leur a-t-on expliqué la démarche, à elles? Je m’interroge sur la manière dont a été réalisée la communication autour de ces « volontaires ». On se voile la face derrière le fait qu’elles « vivent leur vie » mais qu’elle est leur vie justement?! Savez-t-elle qu’il y avait des placebos? Outre le fait que je sois persuadée qu’on leur ai bien expliqué la posologie et que le port du prévervatif était indispensable…etc, ces femmes volontaires l’ont été dans quelles conditions? On se déculpabilise par le fait qu’elles étaient volontaires. Vous dites qu’il n’est pas toujours aisé pour elles de se protéger par le préservatif… Vous leur donnez ainsi par la même occasion la possibilité de penser qu’elles peuvent s’en passer justement parce qu’elles utilisent le gel. Loin de moi l’idée de dire que les africain(e)s sont moins intelligents que les occidentaux mais preuve est faite qu’un manque d’éducation rend la reflexion un peu différente et d’autant plus celle des scientifiques. Dans quel milieu évoluent ces femmes? Y a-t-il des prostituées? De plus, comme le démontre le précédent test justement, il y a une possibilité pour que les effets de ce gel soient encore plus néfastes que l’application du placébo… Non seulement certaines sont exposées au virus mais celles qui ont le vrai gel, pas le placebo, ressortent de cette expérience dans un état bien pire qu’au début.

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