VIH et susceptibilité aux salmonelles

salmonellesLes personnes infectées par le VIH ont un système immunitaire amoindri les rendant particulièrement susceptibles aux salmonelles. Les raisons de cette susceptibilité ne sont pas connues. Le problème reste encore préoccupant en Afrique où l’accès aux thérapies antirétrovirales reste difficile. Dans un article publié dans la revue Science1 datée du 23 avril des chercheurs ont découvert un mécanisme permettant d’expliquer pourquoi les personnes infectées par le VIH étaient particulièrement susceptibles à certaines souches de salmonelles.

Ces résultats pourraient déboucher à l’avenir sur des vaccins qui protégeraient les individus infectés contre les infections à salmonelles.

L’infection par le VIH conduit à terme à une déficience du système immunitaire qui s’explique par la déplétion en lymphocytes T CD4, cible du virus. Mais il a aussi été relevé que ces personnes infectées par le VIH présentaient aussi une réponse immunitaire activée, une production accrue d’anticorps par les cellules B (lymphocytes B). Cependant la production d’anticorps contre dirigée contre les différents pathogènes est déficiente. Dans une réponse immunitaire normale, les anticorps sont dirigés contre les protéines de la membrane externe et ils peuvent permettre de tuer les salmonelles et d’éliminer l’infection. Les auteurs de ces travaux s’attendaient à ce que les personnes infectées par le VIH aient des difficultés à produire des anticorps contre les salmonelles, mais ils ont découvert l’opposé : une incapacité à détruire les salmonelles associée à des concentrations plus élevées d’anticorps. Les chercheurs ont trouvé que ces anticorps étaient dirigés spécifiquement contre un constituant particulier de la paroi bactérienne, le lipopolysaccharide bactérien ou LPS (voir l’illustraion ci-dessous), qui inhibaient la destruction des bactéries.

Chez les personnes infectées par le VIH, des anticorps spécifiquement dirigés contre le LPS empêchent la destruction des salmonelles.

Chez les personnes infectées par le VIH, des anticorps spécifiquement dirigés contre le LPS empêchent la destruction des salmonelles.

Les chercheurs ont ensuite trouvé que le sérum infecté par le VIH pouvait encore tuer les souches de salmonelles dépourvues de LPS et que le retrait des anticorps spécifiques du LPS dans ce sérum le rendait efficace contre les salmonelles.

Leur découverte implique que le VIH provoque une défaillance de reconnaissance du LPS non seulement dans le compartiment cellulaire du système immunitaire (celle qui s’effectue via les lymphocytes T) mais aussi dans la réponse humoral, c’est à dire celle qui s’effectue par l’intermédiaire des anticorps.

Cette lacune dans le système immunitaire a de sérieuses conséquences pour les patients infectés par le VIH confrontés à des infections secondaires, et les chercheurs suggèrent qu’à l’avenir les vaccins ciblent la membrane externe des salmonelles plutôt que le LPS.

Un article Perspective2 associé revient sur ces résultats et leurs implications. Le schéma explicatif provient de cet article.

Notes et références

  1. Dysregulated Humoral Immunity to Nontyphoidal Salmonella in HIV-Infected African Adults. Calman A. MacLennan, James J. Gilchrist, Melita A. Gordon, Adam F. Cunningham, Mark Cobbold, Margaret Goodall, Robert A. Kingsley, Joep J. G. van Oosterhout, Chisomo L. Msefula, Wilson L. Mandala, Denisse L. Leyton, Jennifer L. Marshall, Esther N. Gondwe, Saeeda Bobat, Constantino López-Macías, Rainer Doffinger, Ian R. Henderson, Eduard E. Zijlstra, Gordon Dougan, Mark T. Drayson, Ian C. M. MacLennan, Malcolm E. Molyneux. Science []
  2. Salmonella Susceptibility.
    Susan Moir & Anthony S. Fauci. Science []

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