Marée noire BP : Des bactéries mangeuses de pétrole ont proliféré

Des bactéries récemment découvertes ont proliféré, par plus de 1.000 mètres de fond, dévorant ainsi plus rapidement que prévu le pétrole de la marée noire du golfe du Mexique, selon des chercheurs américains.

Les travaux sont parus dans la revue science1.

Ces micro-organismes dégradent le pétrole à un rythme qui pourrait en faire des acteurs majeurs pour éliminer la marée noire qui s’est répandue dans les profondeurs du Golfe du Mexique depuis l’accident de la plateforme pétrolière sous-marine de BP.

En se basant sur plus de 200 échantillons d’eau prélevés en 17 endroits du 25 mai au 2 juin 2010 à partir de bateaux près de la tête du puits Deepwater Horizon, les chercheurs ont repéré un panache d’hydrocarbures à environ 1100 mètres de profondeur, probablement le même que celui qui a été étudié par d’autres chercheurs. L’eau prélevée était enrichie de plusieurs variétés de protéobactéries gamma. Pratiquement toutes ces variétés dégradent les hydrocarbures ou sont stimulées par leur présence dans les milieux froids. La séquence des gènes présents dans ces échantillons a révélé que ces microbes étaient apparentés aux Oceanospirillales, une famille récemment décrite.

Les chercheurs ont aussi détecté des acides gras et des gènes marquant la biodégradation du pétrole. Contrairement à nombre d’autres bactéries digérant le pétrole, ces protéobactéries gamma du froid n’utilisent pas l’oxygène de la colonne d’eau, ce qui fait que les méthodes classiques d’estimation de biodégradation fondées sur le taux d’oxygène ont pu les négliger. En étudiant différentes sources de données, dont celles fournies par BP, les auteurs ont estimé avec l’éloignement de la tête de puits le taux de dégradation du pétrole dans le panache en se basant sur le changement de composition en pétrole des échantillons.

Avec une température supposée de 5°C, ce taux de dégradation était bien supérieur à la demi-vie des hydrocarbures, ce qui suggère une intervention des bactéries.

« Cette découverte, qui fournit les premières données scientifiques de l’activité microbienne sur la dispersion d’un panache de pétrole dans les fonds marins, indique qu’il existe un grand potentiel de biodégradation naturelle d’hydrocarbures dans les grandes profondeurs océanes »,

a expliqué Terry Hazen, écologiste microbien au Laboratoire national Lawrence Berkeley (Californie), principal auteur de cette étude.

« Cette recherche montre aussi que ces populations microbiennes psychrophiles2 et les autres micro-organismes proches, jouent un rôle important dans le sort ultime et les conséquences environnementales des panaches de pétrole sous-marins dans le golfe du Mexique »,

a-t-il enfin ajouté3).

Notes et références

  1. Deep-Sea Oil Plume Enriches Indigenous Oil-Degrading Bacteria. Terry C. Hazen, Eric A. Dubinsky, Todd Z. DeSantis, Gary L. Andersen, Yvette M. Piceno, Navjeet Singh, Janet K. Jansson, Alexander Probst, Sharon E. Borglin, Julian L. Fortney, William T. Stringfellow, Markus Bill, Mark S. Conrad, Lauren M. Tom, Krystle L. Chavarria, Thana R. Alusi, Regina Lamendella, Dominique C. Joyner, Chelsea Spier, Jacob Baelum, Manfred Auer, Marcin L. Zemla, Romy Chakraborty, Eric L. Sonnenthal, Patrik D’haeseleer, Hoi-Ying N. Holman, Shariff Osman, Zhenmei Lu, Joy D. Van Nostrand, Ye Deng, Jizhong Zhou, Olivia U. Mason. Science. []
  2. Les bactéries psychrophiles sont capables de vivre dans les profondeurs marines par des températures de -5°C. []
  3. Sources : Science, EurekAlert, AFP.
    (Credit illustration : Terry Hazen group []

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