Où sont passés les déchets plastiques de l’Atlantique ?

L’accumulation des déchets plastiques qui flottent dans l’Atlantique Nord est certes importante mais plafonne depuis deux décennies selon une étude publiée dans la revue Science1. Or les quantités rejetées par l’homme sont toujours plus importantes. Où sont donc passés les déchets plastiques ?

Depuis 1986, chercheurs et étudiants américains voguent sur l’océan Atlantique nord avec le Corwith Cramer (photo) pour collecter avec leurs filets dérivants en surface plus de 64.000 morceaux de plastiques. Il s’agit principalement de petits morceaux, de quelques millimètres ou centimètres, patiemment prélevés avec des pinces à épiler à bord du navire de la Sea Education Association de l’Institution océanographique de Woods Hole dans le Massachusetts (Etats-Unis).

Le Corwith Cramer de la Sea Education Association.

Dans leur article, les chercheurs expliquent que ce n’est pas près des côtes que ces déchets s’accumulent mais très au large, à des centaines de kilomètres, dans une zone comprise entre la latitude des Bahamas et de l’Etat du Maryland, aux États-Unis. Cette zone correspond à un gyre océanique, un gigantesque tourbillon d’eau océanique formé d’un ensemble de courants marins qui contribuent à concentrer les débris. L’un des collaborateurs de l’étude a d’ailleurs confirmé ce phénomène par modélisation.

Modélisation du lieu d'accumulation du plastique de l'Atlantique Nord. Les bars représentent les quantités de plastique. Encart : les débris de plastiques recueillis.

La convention MARPOL

La Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires dite Convention MARPOL (de MARine POLlution : pollution marine) ou encore Convention de Londres, a été signée le 2 novembre 1973 et profondément révisée par le Protocole du même nom le 17 février 1978. La Convention MARPOL 1973/78 désigne donc traditionnellement la combinaison de ces deux Traités. La Convention MARPOL n’est entrée en vigueur que le 2 octobre 1983 et a été amendée de nombreuses fois. Elle a été ratifiée par 104 parties2.

Sur les 6.000 échantillons récoltés, plus 60% étaient des morceaux de plastiques, principalement du polyéthylène (sacs et emballages) et du polypropylène. Cependant, les chercheurs ont été surpris de constater que les quantités de plastique ramassées depuis 1986 étaient stables alors que la production et la consommation de ces matières a augmenté. Il est donc probable que les quantités rejetées à la mer aient augmenté aussi, même si depuis les années 80 la convention MARPOL (lire encart) interdit les rejets de déchets plastiques par les navires.

Quand à savoir ce que devient ce plastique, les chercheurs avancent quelques hypothèses. Les morceaux de plastique peuvent se fragmenter jusqu’à atteindre des tailles minuscules, voire microscopiques (lire encart ci-dessous), donc devenir insaisissables par un filet… mais pas par les organismes filtreurs du plancton qui pourront donc en ingérer. Ils peuvent aussi finir par se fixer sur des organismes marins et, après la mort de leur porteur, couler avec lui pour se fondre dans le sédiment marin.

Certains polymères pourraient également se décomposer dans l’environnement marin pour donner des sous-produits à leur tour toxiques, comme le suggéraient l’année dernière des chimistes japonais3.

Le plastique en décomposition pollue l’océan

Des recherches menées par des chercheurs de l’Université de Plymouth en Angleterre a confirmé un fait dont on se doutait ; à savoir les océans de la Terre fourmillent de minuscules fragments de plastique. Ces recherches montrent de surcroît que le plastique est ingéré par des animaux marins tels que les pouces-pieds, ce qui signifie que les particules peuvent finir dans la chaîne alimentaire humaine.

Les chercheurs ont mené leurs recherches dans dix-huit régions situées le long du littoral britannique. Ils ont recueilli des échantillons d’eau de mer et de sédiments et étudié le plancton collecté par les bâtiments voyageant entre l’Ecosse et l’Islande durant les dernières décennies. Tous les spécimens contenaient des fragments microscopiques de plastique incluant nylon, polyéthylène et polyester. Les chercheurs s’attendaient à trouver ce matériau mais ne s’attendaient pas à ce qu’il se révèle si courant.

« Un nombre bien plus grand de particules n’aurait de plus pas été détecté car l’équipe ne pouvait déceler que des particules de dimension supérieure à 20 micromètres de diamètre, »

précise Richard Thompson qui supervisé ces recherches.

Dès qu’il atteint la mer, le plastique y demeure pendant des centaines d’années.

« La solution consiste à traiter le problème à la source, »

indique Simon Boxall, océanographe au Southampton Oceanography Centre (Royaume-Uni).

« Les recherches soulignent la nécessité d’accroître le recyclage et d’adopter un comportement plus responsable en ce qui concerne les vêtements, sacs, bouteilles et boîtes, en s’assurant qu’ils n’atteignent jamais la mer, »

indique Thompson. Tout en précisant que le plastique n’est pas particulièrement nocif en lui-même, il fait remarquer qu’on ne sait pas s’il peut causer des dommages à long terme chez les animaux qui les ingèrent4.

Notes et références

  1. Plastic Accumulation in the North Atlantic Subtropical Gyre. Kara Lavender Law, Skye Morét-Ferguson, Nikolai A. Maximenko, Giora Proskurowski, Emily E. Peacock, Jan Hafner, Christopher M. Reddy. Science. []
  2. Pour plus d’infos : Sus aux bateaux pollueurs ! (GoodPlanet.info). []
  3. Sources : Futura Sciences, Sciences et Avenir et Science (modélisation).
    Crédit photo : Wikipédia. []
  4. Source : CIRS (mai 2004) via Futura-Science. []

Commentaires Clos.

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