ZEHST, projet d’avion hypersonique : entretien avec Jean Botti

EADS a dévoilé son projet de réaliser un avion hypersonique capable de relier Paris à Tokyo en moins de 2h30. Baptisé ZEHST pour Zero Emission HyperSonic Transportation, il s’agira d’un avion propre et silencieux. Les premiers vols commerciaux sont prévus à l’horizon 2050. Entretien avec Jean Botti le directeur général délégué des technologies et innovations chez EADS.


Pourquoi un projet d’avion hypersonique, huit ans après la fin du Concorde ?

Jean Botti : Ce projet a démarré d’une collaboration, en 2005, avec les industriels aéronautiques japonais.

Un accord a été signé pour relier Tokyo à Paris à des vitesses supersoniques.
Quand je suis arrivé chez EADS, en 2007, je me suis demandé si ce projet avait un avenir. Refaisait-on le Concorde ? Cet avion a été un joyau technologique, mais du point de vue du business, de l’environnement et de la sécurité, ce n’était pas ça… Il fallait qu’on change notre vision pour concevoir un avion hypersonique, c’est-à-dire encore plus rapide et, surtout, propre. Dans quarante ans, ce sera une donnée essentielle.

Cela vous paraissait possible ?

On s’est dit que si on était capables de créer un avion qui décolle normalement avec du biocarburant, qui peut sortir juste au-dessus de l’atmosphère pour voler à très grande vitesse et rentrer pour atterrir, on gagnerait notre pari. A l’époque, j’avais regardé chez nous quelles étaient les technologies adaptées à ce type d’application. Or, au même moment, notre filiale Astrium développait la navette de tourisme spatial, équipée de moteurs de fusée, qui peut réaliser cette prouesse.

La fin du Concorde n’a-t-elle pas prouvé qu’il n’y avait pas de marché des avions de taille moyenne ultrarapides ?

Nous sommes convaincus que ce créneau a de l’avenir. En priorité pour les voyages d’affaires. Il ne s’agit pas du tout de remplacer l’A-380 ou l’A-320.

Ce projet a-t-il vraiment une chance de voir le jour ?

Oui, car notre démarche, menée en partenariat avec la DGAC (NDLR : Direction générale de l’aviation civile) et l’Onera, le centre français de recherches aérospatiales, est cohérente. En interne, que ce soit chez Airbus, Astrium ou EADS Innovation Works, nous disposons de toutes les technologies pour y parvenir. En Europe, il n’y a qu’EADS capable de tout faire, de la conception à la réalisation. On y travaille depuis cinq ans. On a eu le temps de voir si le projet était viable.

Avez-vous tiré les leçons de l’échec du Concorde ?

C’était un avion des années 1960. Là, on parle d’un avion des années 2000. Il y a eu un cumul d’années d’expérience sur les moteurs, les matériaux, la sécurité. Ce dernier point est fondamental. Nous avançons étape par étape et le projet ne verra pas le jour avant 2050.

Votre appareil lui ressemble quand même beaucoup…

Extérieurement, son look lui ressemble un peu, même s’il ne sera pas aussi cabré. Mais c’est l’aérodynamisme qui veut ça. En réalité, on n’a rien pris du Concorde. La motorisation, les matériaux, les carburants…, tout est nouveau.

Boeing est en avance sur la conception d’un avion hypersonique. Il a déjà fait voler des appareils sans pilote…

Je n’ai pas entendu Boeing parler d’avion hypersonique propre… Je ne suis pas convaincu qu’on soit en retard. Notre projet va certainement les surprendre!

Que pensent les compagnies de votre projet ?

On ne leur en a pas parlé. Cela va être une découverte pour elles aussi!

Combien va coûter le projet ?

Nous ne souhaitons pas communiquer de chiffres.

Infographie : ZEHST l’avion hypersonique

Entretien réalisé pour Le Parisien

Un Commentaire

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