Une première étape vers la transplantation de foie cultivé au laboratoire

Des chercheurs américains ont crée un foie viable au laboratoire et affirme qu’un jour cette technique permettra la culture de foie pour des transplantations. Ces travaux réalisés sur des rats ont pour but de démontrer la faisabilité de la technique. Les chercheurs admettent qu’il faudra encore beaucoup de temps avant de pouvoir réaliser cette opération chez l’homme. Les résultats sont détaillés dans la revue Nature Medecine1.

L’opération réalisée des chercheurs du Massachusetts General Hospital (Nord est des Etats-Unis) a consisté à prendre un foie et le débarrasser de toutes les cellules hépatiques ne laissant qu’une charpente tissulaire (voir photo ci-dessous). Ils ont ensuite ajouté à cette charpente un type de cellules hépatiques – dites hépatocytes – qui a repeuplé la structure. Lorsque ces cellules ont été transplantées sur des animaux, à coté du foie normal de l’animal, elles ont rempli leur fonction tout à fait normalement sur une courte durée.

Processus de dé-cellularisation du foie (photos prises à 0, 18, 48, 52 et 72h).

Processus de dé-cellularisation du foie (photos prises à 0, 18, 48, 52 et 72h).

Cette technique, qui consiste à se débarrasser des cellules d’origine pour les remplaces par des cellules fraiches, avait déjà été utilisée en Espagne fin 2008 lorsque des chercheurs avaient réussi à transplanter une trachée recréée à partir des cellules souches du patient.

Les cellules du foie sont cultivées au laboratoire mais la principale difficulté rencontrée par les chercheurs et de les faire travailler en tant qu’organe et les raccorder au système vasculaire. La prouesse de l’équipe américaine dirigée par Korkut Uygun est un pas de plus pour surmonter cet obstacle.

Transplantation du greffon re-cellulairisé. Photos du haut (de gauche à droite) : site de transplantation, greffon re-cellularisé, greffon avant et après vascularisation. Photos du bas : greffon après 1, 2 et 4 minutes de vascularisation et greffon avec le foie natif.

Transplantation du greffon re-cellulairisé. Photos du haut (de gauche à droite) : site de transplantation, greffon re-cellularisé, greffon avant et après vascularisation. Photos du bas : greffon après 1, 2 et 4 minutes de vascularisation et greffon avec le foie natif.

« A notre connaissance, un greffon de foie prêt à être transplanté n’a jamais été réalisé auparavant. Il reste encore beaucoup de travail pour faire un foie fonctionnel à long terme chez l’homme. Nous n’avons pu aller au delà de quelques heures chez le rat mais c’est un très bon début, »

souligne le chercheur.

Ce travail pourrait permettre d’utiliser les foies irrecevables pour une transplantation comme charpentes. Il reste néanmoins de nombreux obstacles à franchir avant d’y parvenir. L’un de ces obstacles étant qu’un foie a besoin d’autres types de cellules, en plus des hépatocytes, pour fonctionner. Par ailleurs, le foie reconstitué par l’équipe américaine ne remplissait qu’une petite partie des fonctions d’un foie normal.

Selon Mark Thursz, professor d’hepatologie au Imperial College de Londres, interrogé par la BBC qui relaie cette information, cette technique pourrait également servir à soulager des patients ayant un foie défectueux :

« Si vous pouviez créer un foie artificiel sur lequel vous pourriez brancher un patient, cela l’aiderait en attendant que son foie se rétablisse ».

« C’est un grand pas vers la bonne direction »,

a-t-il conclu.

Notes et références

  1. Organ reengineering through development of a transplantable recellularized liver graft using decellularized liver matrix. Basak E Uygun, Alejandro Soto-Gutierrez, Hiroshi Yagi, Maria-Louisa Izamis, Maria A Guzzardi, Carley Shulman, Jack Milwid, Naoya Kobayashi, Arno Tilles, Francois Berthiaume, Martin Hertl, Yaakov Nahmias, Martin L Yarmush & Korkut Uygun. Nature Medecine. []

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