La cornée artificielle « biosynthétique » permet de restaurer la vue

Une équipe composée de chercheurs canadiens et suédois a annoncé avoir mis au point une cornée artificielle qui a permis de restaurer la vue d’une majorité de malades ayant pris part à un essai clinique. Ces cornées, dites « biosynthétiques », sont fabriquées in vitro essentiellement à partir de collagène. Ces résultats préliminaires représentent un espoir pour des millions de malades en attente d’une greffe de cornée.

Le docteur May Griffith examine une cornée biosynthétique. Des résultats encourageants ont été obtenus chez dix malades.

Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Science Translational Medicine1.

La cornée est la membrane transparente située à l’avant de l’œil. Son rôle est avant tout de permettre à la lumière de pénétrer dans le globe oculaire. Ces rayons lumineux s’infléchissent une première fois lorsqu’ils traversent la courbure de la cornée (la réfraction). Après cette réfraction, l’entrée de lumière est régulée grâce à l’iris (partie colorée de l’oeil) et la pupille (tache noire au coeur de l’iris). La lumière qui est autorisée à passer à travers la pupille poursuit son chemin et traverse le cristallin, qui fonctionne comme une lentille d’appareil photo. Le cristallin de l’oeil continue d’infléchir les rayons lumineux et les inverse : l’image de l’objet est projetée à l’envers sur la rétine, qui tapisse le globe oculaire et contient les cellules spécialisées.

La cornée peut subir des dommages plus ou moins graves. De multiples causes peuvent affecter cet organe : des facteurs externes (corps étranger, brûlures par les UV, lacération, infections) ou des facteurs génétiques dégénératifs. Quel que soit le traumatisme, la vision peut alors être fortement altérée, par déformation des images perçues ou par opacification de la membrane transparente, jusqu’à causer des cécités.

Pour pallier ces problèmes, la greffe de cornée a été développée depuis de nombreuses années (elle est d’ailleurs la première greffe de tissu jamais réalisée en 1887). Elle est effectuée dans le but de remplacer une cornée déficiente par une cornée saine prélevée sur un donneur décédé. D’après l’Organisation mondiale de la santé, environ 2 millions de personnes sont atteintes chaque année de cécité cornéenne mais les donneurs ne sont jamais assez nombreux pour satisfaire la demande. Si des cornées artificielles entièrement synthétiques ont été développées et sont utilisées depuis quelques années, les bénéfices en sont limités.

Dans la présente étude, les chercheurs montrent qu’une cornée biosysnthétique formée de collagène humain peut permettre à des patients devant être greffés et sans donneur disponible de retrouver une vue normale. L’implant évite aussi certains inconvénients liés à l’utilisation de tissu humain comme la possibilité de transmission de maladies provenant du donneur.

Les chercheurs ont retiré les tissus malades de la cornée de dix patients et les ont remplacés par des implants biosynthétiques conçus pour mimer la cornée humaine avec son collagène. Les patients ont été suivis pendant deux ans après l’opération pour voir comment les implants s’étaient incorporés dans l’oeil. Les chercheurs ont observé que les cellules et les nerfs de neuf patients sur dix avaient finalement complètement repoussé pour se réunir dans l’implant, produisant ainsi une cornée « régénérée » qui ressemblait au tissu normal chez l’homme. D’une manière générale, la vision s’est trouvée améliorée pour six des dix patients. Après la pose de lentilles de contact, tous les patients avaient une vue équivalente à celle obtenue après transplantation de cornée classique. En outre, cette technique évite aux patients les désagréments liés à la greffe de cornée : le risque de rejet et l’utilisation d’immunosuppresseurs à vie. Les scientifiques envisagent d’étendre l’usage de cornée biosynthétique à d’autres pathologie menaçant la vue.

« Cette étude clinique est importante car elle montre pour la première fois qu’une cornée fabriquée artificiellement peut s’intégrer dans l’oeil humain et stimuler la régénération des tissus »,

souligne le Dr May Griffith, de l’Insitut de recherche de l’hôpital d’Ottawa au Canada, principal auteur de l’étude.

« Avec plus de recherches, cette approche pourrait permettre de restaurer la vue de millions de personnes qui attendent un donneur pour une transplantation de cornée »,

ajoute-t-elle2.

Notes et références

  1. A Biosynthetic Alternative to Human Donor Tissue for Inducing Corneal Regeneration: 24-Month Follow-Up of a Phase 1 Clinical Study. Per Fagerholm, Neil S. Lagali, Kimberley Merrett, W. Bruce Jackson, Rejean Munger, Yuwen Liu, James W. Polarek, Monica Söderqvist, May Griffith. Science Translational Medicine. []
  2. Sources : EurekAlert, Futura-Science, Doctissimo. []

2 Commentaires

  1. je mets beaucoup d’espoir sur ces innovations.
    J’ai une fille ayant perdu la vision dû à l’opacification de sa cornée
    suite à des inflamations il y a maintenant trois ans .
    elle voit encore la lumière .
    On ne veux pas lui faire de greffe. j’espère qu’elle pourra en beneficier

  2. Lire ces lignes est pratique et interéssante. Bonne continuation et à un de ces jours.

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