Les chercheurs fabriquent un moustique anti-paludisme

Michael RiehleLes chercheurs américains ont réussi à fabriquer un moustique génétiquement modifié incapable de transmettre le paludisme. Ils y sont arrivés en introduisant un gène affectant l’estomac de l’insecte empêchant ainsi tout développement au parasite responsable du paludisme. Les résultats sont publiés dans la revue PLoS Pathogens1.

Le parasite en question, appelé Plasmodium, dont cinq espèces provoquent le paludisme chez l’homme, se transmet par le biais d’un moustique des régions chaudes, l’anophèle.

Le but final de la manipulation est d’introduire ce moustique résistant au paludisme dans la nature.

« Mais avant de pouvoir faire cela nous devons donner aux moustiques un avantage compétitif par rapport aux insectes porteurs de la maladie, »

note le professeur Michael Riehle de l’Université de l’Arizona aux Etats-Unis, qui a dirigé ces recherches.

Dans cette étude les chercheurs ont altéré un gène qui code pour une molécule dite de signalisation. Cette molécule, une protéine, permet aux cellules du moustique de communiquer les unes avec les autres et elle est primordial au développement du parasite à l’intérieur du moustique. La manipulation a artificiellement augmenté la production de protéine, ce qui a déréglé tous le processus mais a également réduit l’espérance de vie de l’insecte.

Larve de moustique antipaludisme

Les chercheurs ont par ailleurs accolé au gène un marqueur fluorescent qui permet aux chercheurs de voir si le gène est bien exprimé par les larves (illustration ci-dessus).

« C’est la première fois que nous sommes capables de complètement bloquer le développement du parasite dans le moustique, »

dit le Professeur Rihle.

« Si on veut efficacement arrêter la propagation du parasite responsable du paludisme il faut que tous les moustiques y soient à 100% résistants ».
 
Pr Michael Riehle, Université d’Arizona

Quelle est l’étape suivante ?

C’est une étape clé dans la longue bataille génétique contre un tueur global. Le but ultime est de s’attaquer à la racine du mal en relâchant dans la nature un moustique résistant au parasite. Il faudra pour cela que moustique génétiquement modifié puisse prendre le dessus sur les moustiques à l’état sauvage qui répandent la maladie. Car comme le dit le professeur Riehle :

« Si on veut efficacement arrêter la propagation du parasite responsable du paludisme il faut que tous les moustiques y soient à cent pour cent résistants ».

Cet avantage compétitif n’existe pas pour l’instant mais les chercheurs sont entrain d’explorer plusieurs pistes. L’une serait d’assurer que le gène qui bloque le parasite soit transmis à la descendance et ainsi le répandre dans toute la population. Une autre piste est de donner au moustique anti-paludisme une résistance, à certaines toxines par exemple, afin de pouvoir utiliser cette toxine contre les moustiques qui n’auront pas été modifiés.

Il y a bien entendu auparavant un certain nombres de questions éthiques qui sont soulevées. Une fois les questions scientifiques adressées, les risques et les bénéfices pour l’environnement et les hommes devront donc être étudiées.

Selon les estimations, 250 millions de personnes contractent le paludisme chaque année dans le monde et un million, pour la plupart de jeunes enfants, en meurent.

Quelque 90% des décès consécutifs au paludisme se produisent en Afrique subsaharienne, et ce chiffre est probablement sous-estimé, selon Michael Riehle.

Notes et références

  1. Activation of Akt Signaling Reduces the Prevalence and Intensity of Malaria Parasite Infection and Lifespan in Anopheles stephensi Mosquitoes. Vanessa Corby-Harris, Anna Drexler, Laurel Watkins de Jong, Yevgeniya Antonova, Nazzy Pakpour, Rolf Ziegler, Frank Ramberg, Edwin E. Lewis, Jessica M. Brown, Shirley Luckhart, Michael A. Riehle. []

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