Adaptation et évolution de la virulence du parasite dans un monde connecté

Le rapprochement des divers groupes dans le monde confère un avantage aux virus. C’est l’une des conclusions qui découle d’une nouvelle étude portant sur la façon dont la virulence évolue chez les parasites. Les chercheurs ont examiné si les parasites évoluent de façon à être plus ou moins agressifs selon qu’ils sont étroitement rapprochés de leurs hôtes ou qu’ils sont dispersés au sein de groupes d’hôtes plus isolés.

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Ces travaux de recherche, publiés dans la revue Nature, ont été dirigés par Geoff Wild, mathématicien à la University of Western Ontario (Canada), appuyé par le CRSNG en collaboration avec l’universite d’Edinburgh (Ecosse).

« Notre étude fait suite à certaines conclusions récentes qui suggèrent qu’une dispersion réduite des parasites entre des groupes d’hôtes éparses favorise le développement de parasites moins virulents. Dans le cas de la grippe, par exemple, ce serait une évolution vers une infection plus bénigne, moins mortelle « ,

explique M. Wild.

« En s’appuyant sur ces conclusions, des chercheurs avaient affirmé que les parasites évoluaient de façon à appuyer la valeur adaptative globale du groupe,

ajoute-t-il.

L’argument présenté en faveur d’une adaptation au niveau du groupe est que les parasites deviennent plus prudents afin de prévenir la surexploitation et d’éviter ainsi de causer l’extinction de la population hôte locale. »

Toutefois, M. Wild et ses collègues n’étaient pas convaincus que la théorie darwinienne – si efficace pour fournir des explications fondées sur la notion selon laquelle l’adaptation maximise la valeur adaptative individuelle – était prête pour un tel bouleversement.

Par conséquent, ils ont décidé de transformer leurs arguments en preuves scientifiques solides. Ensemble, ces chercheurs ont mis au point un modèle mathématique formel qui intègre des parcelles de dimensions variables et la dynamique des populations d’hôtes et de parasites. Ce modèle a ensuite été appliqué pour déterminer les mécanismes évolutifs sous-jacents.

« Le modèle a révélé des motifs solides expliquant pourquoi une virulence moindre améliorait la valeur adaptative individuelle « ,

poursuit M. Wild.

Les chercheurs ont utilisé une notion « inclusive » de la valeur adaptative individuelle qui avait été utilisée par des biologistes dans d’autres situations depuis les années 1960. Cette approche « inclusive » reconnaît qu’un individu a un intérêt non seulement pour son propre succès, mais aussi pour le succès de ses proches (pas pour l’ensemble du groupe proprement dit).

« Fondamentalement, nous remplaçons la notion d’intérêt personnel – un concept qui sous-tend un grand nombre des premières théories évolutionnistes – par la notion d’intérêt personnel et familial,

ajoute-t-il.

La différence entre intérêt personnel et familial et intérêt du groupe est subtile, mais importante. »

Selon M. Wild, il existe plusieurs raisons pour lesquelles une virulence amoindrie améliore le succès des lignées génétiques de parasites. En tout cas, explique-t-il, cela entraîne une réduction de la transmission de la maladie d’un hôte à l’autre.

« Bien que la souche de parasites plus virulents puisse se déplacer facilement entre les hôtes, elle le fait au détriment non pas du groupe, mais plutôt de certains membres du groupe (ie les individus de la même souche – ses proches) »,

explique M. Wild.

« Outre que cette recherche règle un argument concernant l’adaptation, elle nous fait maintenant mieux comprendre l’importance de la dispersion pour l’évolution des parasites. »

« Ces résultats suggèrent également qu’à mesure que l’activité humaine rapproche les divers groupes à l’échelle mondiale, la sélection naturelle favorisera le développement de parasites plus virulents et dangereux. »

M. Wild a mentionné que la méthode de modélisation adoptée par le groupe fait qu’il est possible d’étendre la théorie de la virulence à l’examen d’une gamme de facteurs biologiques potentiellement importants.


Référence :
Article : Adaptation and the evolution of parasite virulence in a connected world
Auteurs :Geoff Wild, Andy Gardner & Stuart A. West
Journal de publication : Nature
doi:10.1038/nature08071

Source : EurekAlert
Crédit illustration : Paul Andreu

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