1ère molaire supérieure droite d'un Early Homo. © José Braga et Didier Descouens

Comment se nourrissaient nos ancêtres très lointains ?

L’analyse de dents fossilisées a permis aux chercheurs de déterminer les habitudes alimentaires de trois genres d’hominidés d’Afrique du Sud vieux de plus de 2 millions d’années.

1ère molaire supérieure droite d'un Early Homo. © José Braga et Didier Descouens

Les australopithèques, les paranthropes et les Homo sont trois genres d’hominidés ayant vécu il y a deux millions d’années avant notre ère en Afrique du Sud qui avaient des régimes alimentaires bien différents.Ces résultats, publiés le 8 août 2012 dans Nature1, permettront de mieux comprendre certains aspects biologiques et sociaux de l’évolution humaine2.

3ème molaire supérieure droite d'un Paranthropus robustus. © José Braga et Didier Descouens.

Depuis la fin des années 1930, des fossiles d’hominidés sont régulièrement découverts en Afrique du Sud. Les australopithèques y ont prospéré avant les paranthropes et les Homo. Mais tous ces restes proviennent des mêmes gisements archéologiques. Une équipe de géochimistes et de biologistes a réussi à reconstituer les tendances alimentaires de ces trois genres d’hominidés.

1ère molaire inférieure droite d'un Early Homo. © José Braga et Didier Descouens.

Les chercheurs se sont intéressés au strontium et au baryum contenus dans l’émail dentaire des fossiles de plusieurs de ces individus. Plus la position d’un mammifère est élevée dans la chaîne alimentaire, plus les teneurs en ces deux éléments diminuent dans ses tissus biologiques, y compris dans cette partie des dents. L’originalité de l’étude tient à la façon dont les chercheurs ont utilisé la technique d’ablation laser qui a servi à établir ces mesures. Celle-ci a été mise en œuvre en orientant le faisceau-laser le long des prismes de croissance de l’émail dentaire, ce qui a permis de reconstituer les changements d’alimentation de chaque individu au cours d’une période de sa vie. Le résultat montre que les australopithèques avaient une alimentation beaucoup plus variée que les deux autres genres d’hominidés. Les paranthropes étaient résolument herbivores, comme le laissait déjà penser l’étude de leur anatomie faciale et dentaire, et les Homo plutôt carnivores.

Les chercheurs ont également mesuré la composition isotopique du strontium contenu dans ces échantillons. Ce paramètre est caractéristique du substrat géologique sur lequel vivent les animaux. Et là encore, la conclusion est sans appel : tous les hominidés étudiés ont vécu dans la même région, non loin des grottes dans lesquelles on les retrouve aujourd’hui fossilisés.

Les australopithèques, les paranthropes et les Homo constituent trois genres d’hominidés : un australopithèque est un hominidé disparu ayant vécu entre environ 4 millions et 2 millions d’années avant notre ère. Paranthrope est un genre éteint d’hominidé ayant vécu en Afrique entre environ 2,5 et 1,2 million d’années. Homo est le genre qui réunit l’Homme moderne et les espèces apparentées. Le genre est apparu il y a environ 2,3 à 2,4 millions d’années. Toutes les espèces du genre Homo sont aujourd’hui éteintes sauf Homo sapiens.

Des pièces du puzzle écologique se mettent donc en place. Il y a environ 2 millions d’années, les australopithèques, aux comportements « opportunistes » (qui se nourrissaient de ce qu’ils trouvaient : carcasses d’animaux, baies etc.) laissent place aux paranthropes et aux Homo, chacun étant plus « spécialiste » que leur ancêtre commun. En effet, les paranthropes consommaient uniquement des végétaux qui pouvaient être très coriaces (racines, bulbes) tandis que les Homo, probablement aidés par leurs outils lithiques, se nourrissaient principalement de la chasse. Ces deux espèces cohabitent pendant presque un million d’années avant que les premiers ne disparaissent pour une raison inconnue3.

Notes et références

  1. Evidence for dietary changes but not landscape use in South African early hominins – Vincent Balter, José Braga, Philippe Télouk, Francis Thackeray – DOI: 10.1038/nature11349, Nature, on-line 8 August 2012 []
  2. Des chercheurs du Laboratoire de Géologie de Lyon (CNRS/ ENS de Lyon/ Université Claude Bernard Lyon 1) et du Laboratoire d’Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (CNRS/Université Toulouse III – Paul Sabatier/Université de Strasbourg). []
  3. Source : CNRS []

Commentaires Clos.

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