Une nouvelle découverte sur le régime alimentaire des ours des cavernes remettent en question les causes de son extinction

Reconstitution d'ours des cavernes. Crédit Wikimedia Commons.

Reconstitution d'ours des cavernes. Crédit Wikimedia Commons.

Une équipe de chercheurs franco-belges dirigée par Stéphane Peigné* a mené une analyse de la micro-usure dentaire chez l’ours des cavernes (Ursus spelaeus) afin de déterminer son régime alimentaire au cours de la période précédant l’hibernation. Les résultats de cette étude montrent que le régime de cet ours était mixte et remettent ainsi en question les causes de son extinction. Ils sont publiés cette semaine dans la revue PNAS.

Les restes d’ours des cavernes (Ursus spelaeus), morts en hibernation, sont trouvés par milliers dans les grottes européennes. Cette espèce est l’une des plus emblématiques et des mieux connues du Pléistocène. On connaît par exemple les énormes variations de sa morphologie, sa physiologie ou encore la structure de ses populations. Tout comme leurs proches parents actuels, les ours bruns, ils entraient en hibernation pendant plusieurs mois, période au cours de laquelle les femelles donnaient naissance à leurs petits et les allaitaient.

Un débat controversé

Le régime alimentaire des ours des cavernes reste un débat controversé au sein de la communauté scientifique. Jusqu’à présent, les analyses morphologiques et géochimiques (isotopes stables dans le collagène de l’os) des restes d’Ursus spelaeus indiquaient un régime essentiellement végétarien. Cependant, ces études n’illustrent qu’un régime moyenné sur plusieurs années ou la vie entière de cet animal. Mais qu’en est-il des variations saisonnières de ce régime ? Une telle information est fondamentale pour déterminer plus exactement la paléoécologie de cet animal, son impact sur l’environnement, ses relations avec les grands mammifères y compris les populations humaines néanderthaliennes et modernes aux côtés desquels il a évolué et, enfin, pour mieux comprendre les raisons de son extinction il y a environ 28 000 ans en Europe de l’ouest et centrale.

Analyser les micro-usures laissées sur l’émail des dents

Crâne d'Ursus spelaeus en vue antéro-latérale et détail de la surface buccale de la 1ère molaire illustrant différents types de micro-usures. © MNHN

Crâne d'Ursus spelaeus en vue antéro-latérale et détail de la surface buccale de la 1ère molaire illustrant différents types de micro-usures. © MNHN

L’une des méthodes offrant une résolution plus fine et permettant de déterminer le régime alimentaire d’espèces éteintes sur une courte période consiste à analyser les micro-usures laissées sur l’émail des dents par les aliments. Il est possible de reconstruire un paléorégime en comparant la proportion des différents types de micro-usures (essentiellement le nombre de stries et de ponctuations) chez une espèce éteinte avec la proportion de ces micro-usures chez des espèces actuelles (dont le régime est connu).

Une équipe de chercheurs associant le Muséum national d’Histoire naturelle, le CNRS, les Universités de Lyon Claude-Bernard, Paris (Panthéon-Sorbonne, Pierre-et-Marie-Curie et Nanterre), Poitiers, Toulouse Paul-Sabatier et l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, a mené une analyse de la micro-usure dentaire sur plus de 40 individus adultes d’ours des cavernes qui ont hiberné dans la grotte pléistocène de Goyet, en Belgique.

Omnivores généralistes

Cette étude démontre qu’à cet endroit, les ours des cavernes n’étaient pas strictement herbivores au cours de la période qui précède l’hibernation mais avaient un régime mixte (viande, invertébrés, graines, fruits secs et/ou charnus, etc.). Comme beaucoup d’ours actuels, les ours des cavernes de Goyet se comportaient comme des omnivores généralistes afin d’accumuler les réserves énergétiques nécessaires avant d’entrer en hibernation.

Les résultats obtenus par cette équipe franco-belge permettent également de remettre en cause le rôle écologique et les raisons de l’extinction d’Ursus spelaeus, attribuée encore récemment à une profonde détérioration en quantité et qualité des ressources végétales consécutive au refroidissement coïncidant avec leur extinction.


* paléontologue au Centre de Recherches sur la Paléobiodiversité et les Paléoenvironnements au Muséum national d’Histoire naturelle,

Référence
Article :
Predormancy omnivory in European cave bears evidenced by a dental microwear analysis of Ursus spelaeus from Goyet, Belgium
Auteurs : Stéphane Peigné, Cyrielle Goillot, Mietje Germonpré, Cécile Blondel, Olivier Bignon, Gildas Merceron
Journal de publication : PNAS
DOI : 10.1073/pnas.0907373106

Source : CNRS et Muséum national d’Histoire naturelle

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