Une nouvelle neurotoxine extraite du venin de cobra royal

haditoxine-neurotoxine-cobra-royalLe venin du cobra royal (Ophiophagus hannah) est composé d’un cocktail complexe de molécules biologiques dont la composition varie en fonction de l’environnement, de la saison voire le régime alimentaire de l’animal. Bien qu’étudié depuis plus de 50 ans, les chercheurs ne savent pas tout de ce venin. Des chercheurs viennent en effet d’identifier un nouveau composant de ce venin, une neurotoxine, à la structure unique qui pourrait permettre de développer de nouvelles molécules thérapeutiques. Cette nouvelle neurotoxine, baptisée haditoxine, est décrite dans un article publié dans la revue Journal of Biological Chemistry1

L’haditoxine a été découverte par le laboratoire du professeur Manjunatha Kini de l’université Nationale de Singapour. Le Dr Niru Nirthanan qui a participé à l’étude explique que la neurotoxine a une structure unique et pourrait donc avoir des propriétés pharmacologiques uniques :

« Cette toxine est comme des jumeaux conjoints. C’est un large complexe fait de deux molécules de protéine identiques, connues sous le nom de toxine à trois doigts, liées entre elles. »

« Nous savons que la famille des toxines à trois doigts a des effets sur le système nerveux, le système cardiovasculaire et la coagulation sanguine. Certaines de ces toxines ont permis le développement de composés avec de puissantes propriétés analgésiques et des propriétés « hypotenseurs » – c’est donc fort probable que l’haditoxine dans sa forme conjointe ou individuelle va nous permettre de découvrir de nouvelles possibilités. »

dit-il.

Le Dr Nirthanan explique par ailleurs que de nombreux médicaments communément prescrits comme par exemple le Captopril (un médicament contre l’hypertension) ou l’antiplaquettaire Eptifibatide ont été développés à partir de venin de serpent ou d’autres animaux.

Le venin agit sur les récepteurs de neurotransmetteurs qui régulent la communication entre les cellules nerveuses et les muscles, entrainant des symptômes telle la paralysie et la difficulté à respirer.

Les chercheurs espèrent que la découverte de cette nouvelle toxine pourrait également permettre de mieux comprendre le mécanisme d’action des venins en général. Les morsures de serpent font environ 125 000 morts chaque année dans le monde principalement parce qu’on ne comprend pas encore parfaitement le mode d’action des venins.

Enfin les chercheurs expliquent que cette toxine hautement spécifique pourrait également servir de sonde moléculaire pour étudier le rôle des récepteurs de neurotransmetteurs et comprendre leur rôle dans la maladie. Ces récepteurs sont en effet importants dans les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzhimer ou de Parkinson, la schizophrénie, l’anxiété, la dépression et même l’addiction à la nicotine2.

Notes et références

  1. Structural and Functional Characterization of a Novel Homodimeric Three-finger Neurotoxin from the Venom of Ophiophagus hannah (King Cobra). Amrita Roy, Xingding Zhou, Ming Zhi Chong, Dieter D’hoedt, Chun Shin Foo, Nandhakishore Rajagopalan, Selvanayagam Nirthanan, Daniel Bertrand, J. Sivaraman & R. Manjunatha Kini. Journal of Biological Chemistry. DOI: 10.1074/jbc.M109.074161. []
  2. Illustration : la photo qui accompagne cet article est de Michael D. Kern. La figure a été préparée par Ann Nee Yong []

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